Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /2010 09:35



« Encore une journée d’écriture. Souffrance et vomissements. La littérature est la quintessence de la pensée et la douleur des hommes. »

 

          Perplexe, Boris décortiqua cette phrase plusieurs fois. Il la lut paisiblement sur son canapé, puis, agacé, à l’inspiration de sa livreterrasse. Il la relut ensuite avec et sans lunettes, avec et sans whisky. Il hésita même à la lire les yeux fermés… C’était peut-être là, la seule manière d’en saisir le sens. Ou du moins un sens et ne pas avoir l’air d'un sombre idiot devant Vanessa, lorsqu’elle lui demanderait ce qu’il avait pensé de ce livre. Ce maudit livre !

 

          Soi-disant que s’il l’aimait, Boris devait absolument lire ce livre... Alors, il comprendrait, soi-disant, tout. Leurs disputes, leurs failles, leurs silences et leurs promesses. Une sorte de transcendance assurée qui éclairerait leur couple…

         C’était parti plutôt fort entre eux. Pour une fois que Boris fréquentait une littéraire, ça le changeait des éternels potins people de la gente féminine! Il avait craqué pour Vanessa la spirituelle, Vanessa qui réfléchissait avant de parler, Vanessa qui s'interrogeait sur les raisons d'un éventuel pourquoi et comment de ce monde, Vanessa qui était capable de lui en boucher un coin avec des citations du moyen-âge. Mais voilà, depuis peu, l’ambiance tournait au vinaigre, périmé de surcroît. Au final, toute cette spiritualité devenait pénible, un casse-tête permanent. Une paranoïa s’installait insidieusement à travers chaque geste, tout devenait louche, comme imprégné d'un sens caché, un piège que Boris devait débusquer. Il en venait à craindre les silences de Vanessa, prémices d'un débat incompréhensible et moyenâgeux. Pire! Il redoutait chaque geste du quotidien. Lorsque Vanessa demandait de l'eau, était-ce par soif ou voulait-elle sous-entendre qu’une femme a besoin d’amour comme les fleurs ont besoin d’eau et qu'il lui incombait d'être cet arrosoir? Ce n’était plus vivable!

       Alors, si ce livre pouvait apporter une soi-disant transcendance lumineuse, Boris ne s’était pas fait prier et s’était plongé dedans !

 

Mais la lumière ne fut pas si vive…

Tout d’abord, le visage de Boris se crispa lorsqu’il découvrit que Vanessa avait souligné des passages clés, comme si son pauvre cerveau atrophié ne pouvait trouver seul les passages importants. Et quels passages ! Celui-ci était souligné deux fois ! « la littérature est la quintessence de la pensée et la douleur des hommes. »

 

       Non mais quelle sorte d'individu pouvait bien souligner deux fois cette phrase ? Après cinq cent pages absurdes à l’endroit comme à l’envers, une rage sourde montait en Boris, une révolte littéraire. Toutes ces pages n'avaient aucun sens. Elles ne vomissaient qu'un ridicule amalgame de mots savants dans l’espoir prétentieux de créer de belles phrases mais creuses. Creuses comme son couple, c’était peut-être cela la morale de ces cinq cent pages de torture! Ce texte était illisible et Boris était censé y trouver des réponses ? Cela ne présageait rien qui vaille pour son couple...

        Pour Boris, un beau texte, et un beau couple aussi d'ailleurs, transcendant et magnifique, se devait d’être simple, essentiel. Vivre et lire à fleur de peau, les tripes à l’air. Pas de détour, de semblant, de « je me cache pour faire joli », de « je suis intelligent avec mes jolis mots ». Non. Pour lui la littérature, comme le couple, n’était pas souffrance, ni une quelconque quintessence mais une respiration, une bouffée insufflée, un monde transmis, un ulivre 2nivers et un ailleurs qui, au fil des pages et des années, devenait son double à portée de main. Pour lui la littérature ne se lisait pas avec un dictionnaire, elle lui parlait superbement, lui susurrait des histoires au creux de l’oreille, se donnait à lui à chaque mot.

     Tout l’inverse de Vanessa, d’ailleurs, qui s’obstinait à se refuser, prétextant une cérébralité exacerbée, un besoin de communion avant de livrer son corps. Vanessa qui se cachait derrière un livre car elle était bien incapable de faire une phrase cohérente ! Voilà ce que comprenait soudain Boris !

       Plus il réfléchissait à cette phrase soulignée deux fois, cette souffrance et ces vomissements, à cette soi-disant quintessence de l'homme, qui d’ailleurs n’avaient aucun rapport avec le reste de l’ouvrage, plus il se demandait pourquoi Vanessa et lui devaient se parler en livres interposés? Pourquoi n’ouvrait-elle pas simplement la bouche comme un être humain normal si elle avait quelque chose à dire? Cette quintessence exaspérait Boris, ce mot surligné représentait toute l’hypocrisie d’intelligence que se donnait Vanessa, sa vanité bête et méchante.

         Quintessence, quintessence, Boris ne voyait plus que ce mot prétentieux et méprisant. Il maudissait cette quintessence et cette femme qui se permettait de lui imposer cinq cent pages d’ennui.

 

         Boris n’y tenait plus. Il jeta son couple à la poubelle puisqu’il ne comprenait rien à ce maudit livre. Ou plutôt il jeta ce livre puisqu’il ne comprenait plus rien à son couple. C’était évident mais comment ne l’avait-il pas su plus tôt ? Un féru de Don Quichotte ne pouvait décemment cohabiter avec une psychologie de bas étage…

         Il était quinze heures trente, Vanessa n’allait pas tarder aussi Boris claqua la porte énergiquement. Une porte fermée, ça lui apprendrait, à celle-là, à réfléchir à la quintessence de la douleur et des vomissements !

 

          Boris ne ralentit le pas qu’une fois atteint le deuxième étage de la Fnac. L'espace littérature, immense, regorgeait de femmes mais Boris ne céda pas à la facilité! Non. Il lui fallait une intellectuelle, certes, mais pas n'importe laquelle cette fois.

         Aussi il dépassa avec rage le rayon psychologie ainsi que le rayon jeunesse et art de vivre. Vade retro ce genre de littérature à la quintessence de rien du tout ! Boris hésita un instant devant le rayon cuisine et bien-être. Intéressant d’un point de vue technique mais se voyait-il réellement échanger durant des années sur la cuisson d’un roti ou la dernière méthode d’abdo-fessiers… Non. Il accéléra et, au passage, ignora superbement le rayon antiquité, histoire moderne et sciences. Soudain Boris repéra sa proie: une jolie brune en col roulé au rayon fiction. C'était bien, ça, la fiction… Un univers de mondes, d'expériences, de points de vue. Une infinité de vies et non des faux semblants d'intelligence… Boris saisit un Dostoïevski, histoire de montrer de quoi il était capable et s’approcha lentement de la brune.

     La demoiselle feuilletait un Marc Levy… C’était bien ennuyeux mais après tout, cela pouvait donner lieu à des débats animés…

 

« Bonjour. Je vois que vous hésitez ! Moi aussi. À vrai dire, il y a tellement de choix de nos jours que l’on ne sait que choisir ! Au fait, je m’appelle Boris.

- Oui, vous avez raison mais je crois que j’ai trouvé mon bonheur.

- Marc Levy ?

- Oui, j’adore son style.

- Hum… Oui, c’est assez moderne.

- Oui mais surtout je trouve que… Je ne sais pas… Je dirais…Je dirais que ses romans sont la quintessence du romantisme dans notre archétype quotidien. Vous ne trouvez pas ?

- La quintessence vous dites ?

- Oui, pourquoi ? »

 livre 3

        Boris ne répondit pas et tourna les talons. Après tout, rien ne valait la grande littérature, Dostoïevski serait bien suffisant pour la quintessence de ses prochaines soirées en célibataire !

 

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Par Annabelle Léna - Publié dans : Mes inédits - Communauté : ecrivains en herbe
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Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /2010 16:00



Jane-Eyre.jpg"Oui, Mrs Reed, c'est à vous que mon âme torturée doit de connaître certaines angoisses redoutables. Sans doute devrais-je vous pardonner, vous ne saviez pas ce que vous faisiez; tandis que vous me déchiriez le cœur, vous croyiez seulement extirper mes mauvais penchants."

 

"Mais avec quelle minutie vous vous souvenez de tout [ ] Quelle impression singulièrement profonde son injustice semble avoir produite dans votre cœur! [ ] La vie me paraît trop courte pour la passer à entretenir la haine ou à enregistrer les torts."

 

"Une femme capable de me trahir pour un tel rival n'était pas digne qu'on se la disputât; elle ne méritait que mépris; moins que moi toutefois, qui avais été sa dupe."

 

"Il se faisait aimé de moi sans même me regarder."

 

"Vivre, pour moi, Jane, c'est être debout sur le cratère d'un volcan qui peut, d'un jour à l'autre, faire éruption et cracher du feu."

 

"Il était proche (le danger), en effet, et comme je n'avais pas joint les mains, ni fléchi les genoux, ni remué les lèvres pour supplier le Ciel de l'écarter, il vint. Le torrent débordant, impétueux, fondit sur moi; sa masse sombre et puissante, qui m'écrasa, n'était autre que la clairvoyante conscience de ma vie désolée, de mon amour perdu, de mes espérances détruites, de ma foi frappée à mort."

 

"Les amis oublient toujours ceux que la fortune abandonne."

 

 

L’histoire :

 

Un roman pour adolescentes certes ! Néanmoins, c’est une histoire d’amour impossible qui passionnera son lecteur (bon d’accord sa lectrice ;-)). C’est un roman qui a énormément fait parler de lui à sa sortie, notamment grâce au féminisme qu’il véhicule. Féminisme qui peut nous paraître bien gentillet aujourd’hui. Ceci dit Jane Eyre a tenu tête toute sa vie, et pour cela elle reste, à mes yeux, une femme moderne, bien plus moderne que certaines femmes d’aujourd’hui.

Par Annabelle Léna - Publié dans : Les citations de mes lectures - Communauté : Autour des citations
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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /2009 16:35

 

 

A la terrasse de ce café crasseux, Joseph languissait une remorqueuse pour récupérer sa réalité: un certain dossier Pablo à boui bouiplaider à quinze heures. Pendant que sa voiture en panne fumait des cumulus à évaporer la route, l'homme héritait d'une pause désespérément longue. Il s'impatientait dans ce trou en bordure de nulle part. Son costume haute couture boudait le contact rustique de cette chaise pliante mais, puisque cette demoiselle en robe rouge, accoudée au comptoir souillé, conservait son élégance, il n'avait qu'à faire de même. S'il l'avait payé une petite fortune, ce costume, c'était bien pour faire de lui un homme distingué en toutes circonstances, peu importait le décor et les fientes de pigeons incrustées entre les lamelles du plancher. Car voilà, Joseph n'était pas seul. Dans ce boui-boui sordide, une étrange brune en robe du soir était perchée sur un tabouret du bar, dos à lui.

Joseph l’observait en se demandant si elle était, tout comme lui, perdue ,ou bien si elle attendait quelqu'un. Quelle idée de s'habiller ainsi pour un début d'après-midi dans un routier! Joseph s’amusait d’un tel accoutrement mais au fond, peu lui importait cette femme, peut-être une simple putain. Lui était magistrat après tout, mieux valait se concentrer sur le dossier Pablo…

 

            Pourtant une irritation sournoise titillait l’homme... Elle ne le regardait pas. Joseph était le seul représentant de la race masculine à ne pas avoir des mains de paysans sur plusieurs kilomètres à la ronde, mais cette femme ne le regardait pas. Un homme de son élégance captait les regards féminins, tous les regards féminins. La situation devenait vexante.

            Durant de longues minutes, Joseph tenta de prouver sa présence à cette table en exhibant la grandeur de sa position sociale. Ses doigts martelaient son attaché-case, les pages de son agenda claquaient bruyamment alors qu'il survolait, entre chaque feuillet, ses innombrables responsabilités. Le serveur l'observait mais elle, ne le regardait toujours pas. N'importe quelle fille de la campagne aurait bavé devant lui mais elle, elle se permettait de ne pas le regarder. Mais après tout… peu lui importait cette vulgaire putain. La dépanneuse attaquait peut-être le dernier virage pour le ramener à sa vie, ce ne serait plus très long. Joseph serra puis desserra ses mains. Ces chaleurs lourdes faisaient toujours gonfler ses doigts et son alliance l’oppressait atrocement. Il desserra également son col de cravate car le soleil ne l'épargnait guère à travers la vigne suspendue, ou bien était-ce autre chose…

 

            A croire que la dépanneuse n'attaquait pas le dernier virage… Joseph ne regardait plus qu'elle, son dos qu’elle persistait à seulement offrir. Pas grand chose d'autre sous les yeux certes, pourtant le mur sur lequel il s'appuyait se serait fissuré à grands bruits que l’homme n'aurait pas détourné les yeux de ces frêles épaules à apprivoiser. Joseph songeait à l'étrangeté de la vie: sa femme ne s'habillait jamais en rouge, la couleur de la tentation qu'elle disait. Tout bien réfléchi, que viendrait faire une putain en rase campagne ? Le secret de cette femme aux escarpins devait être bien plus complexe. Et pour commencer, à quoi ressemblait-elle ? La beauté de son visage pouvait-elle se comparer à ses reins que Joseph remarquait soudain incroyablement courbés?

           

 

Il se ressaisit. Hors de question, pour un homme de sa condition, de laisser son esprit divaguer ainsi. Après tout, il avait son procès à quinze heures… et son alliance. Mais par simple curiosité, pour tuer le temps, un entracte pour patienter, histoire de ne pas sombrer sous cette vigne suspendue, il pourrait peut-être franchir cet espace de bistrot les séparant, jeter juste un œil, capter enfin le regard de cette femme, rien qu'une fois…

 

            Après tout, la dépanneuse était peut-être encore à plusieurs heures de route! Sûr de ses chaussures en cuir véritable, Joseph foula les planches pourries du bistrot comme autant d'obstacles ne pouvant l'atteindre. Il zigzagua entre les chaises en préparant un atterrissage en douceur sur un tabouret voisin de la femme mais il fut brutalement stoppé dans son élan. Mademoiselle empoignait son téléphone portable et laissait libre cours à une conversation dont Joseph était exclu.

            Un homme de sa prestance ne pouvait décemment attendre comme un piquet la fin de cet échange. Alors, dans un geste désinvolte, Joseph attrapa le serveur, comme un fait exprès.

"Les toilettes, s'il vous plait?"

            Puis il se réfugia derrière la troisième porte à gauche, bien heureux qu'elle ne l'ait vu fuir ainsi au petit coin.

 

A l’instar d’un tête à tête avec la mystérieuse brune, Joseph entama un face à face honteux avec le miroir mural. Les secondes l'assassinaient. Cette femme ne l'avait toujours pas vu. Joseph rajusta sa cravate. Décidément le soleil ne l'avait pas épargné. Sur son front perlait la transpiration, arrosant des rougeurs apparues par plaques. Sa femme lui aurait conseillé de tamponner doucement avec un mouchoir humide mais voilà elle n'était pas là. Il pouvait donc faire ce que bon lui semblait…

L’homme rejeta la culpabilité et laissa cette sueur virile inonder le sommet de son crâne. Il tournait en rond. La lecture des différents graffitis ornant les murs alentours lui confirma toute la bassesse de l'espèce humaine. Le décryptage de ces insanités aurait transformé un enfant de choeur en suppôt de Satan et, alors qu'il se tordait le coup devant un croquis des plus explicites sur l'anatomie féminine, son pantalon frôla un urinoir douteux. Joseph découvrit avec horreur le bas de sa jambe contaminée de pisse. Cette souillure transformait son costume sur mesure en vulgaire chiffon. Il le nettoya maladroitement, ce n'était pas le moment qu'il l'abandonne…

 

Joseph s’entêtait à réfléchir… Après tout, de nombreux hommes de sa prestance avaient des aventures, c'était bien connu. Tout ce stress de magistrat n'était plus humain à gérer. Et puis… il s'agissait forcément d'une femme à part, différente, pour s'habiller en robe de soirée dans un routier. Elle était si mystérieuse, une bouffée d'air entre son procès et son alliance… Lui aussi méritait une échappée, il était un être humain.

Une grande respiration aida Joseph à franchir la porte séparant leurs deux corps mais son souffle retomba lourdement sur le comptoir désert. L’escapade s’était envolée.

 

L’absence de la belle laissait place à la réalité : le dossier Pablo, l’alliance… Aucune reine d’un soir égarée, aucune route endiablée, aucune passion fiévreuse. Elle était partie.

« Monsieur, votre dépanneuse est arrivée. Elle vous attends sur le parking. »

A Joseph maintenant de quitter ce boui-boui, abandonner les lieux afin de revenir à la ligne droite de sa vie. Mais en apercevant la dépanneuse il crut discerner, dans l’interstice de la fenêtre passager entrouverte, un foulard rouge flotter sous la vigne suspendue. L’homme accéléra le pas. La femme aux escarpins était belle et bien là, assise, enveloppée de son éternel mystère. Joseph pris place à bord, à ses côtés, le cœur au bord des lèvres. Leurs peaux se frôlaient. Cette femme était au-delà de la beauté, elle était inespérée. Joseph observa son décolleté, sa peau satinée semblait aussi douce que du velours. Ses épaules et son coup étaient nacrées de désir mais étrangement son visage était fermé, ses sourcils froncés.

Quelque chose clochait... Soudain Joseph sentit flotter cette vilaine odeur de pisse qui collait à son pantalon. Alors, la mystérieuse brune parla enfin :

« Hum… Excusez-moi, je voudrais descendre. »

            Joseph n’avait aucun argument pour plaider la grandeur de sa position sociale et ne put que balbutier :

« Mais c’est ridicule, laissez-moi vous emmener. Au moins jusqu’à la prochaine grande ville !

- Non merci c’est inutile. Je me suis trompée, je vous ai pris pour quelqu’un d’autre. Au revoir. »

  route

Joseph observa, penaud, la femme en rouge disparaître au loin. Il desserra une dernière fois son nœud de cravate, décidément ce soleil était accablant aujourd’hui. Ou bien était-ce autre chose…

© Annabelle Léna - 2009 - "Tous droits réservés"

Par Annabelle Léna - Publié dans : Mes inédits - Communauté : jeune auteur et compositeur
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Annabelle Léna

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