Vendredi 2 avril 2010 5 02 /04 /2010 14:19

La route

« S'il n'est pas la parole de Dieu, Dieu n'a jamais parlé. »

 

« Il chuchota:Es-tu là? Vais-je te voir enfin? As-tu un cou que je puisse t'étrangler? As-tu un cœur? Maudit sois-tu pour l'éternité as-tu même une âme? Oh Dieu, chuchotait-il. Oh Dieu. »

 

« Si tu manques aux petites promesses tu manqueras aux grandes. »

 

« […] tu ne survivras pas pour toi-même. »

 

« […] On est encore les gentils?

Oui. On est encore les gentils. »

 

« Du temps en sursis et un monde en sursis et des yeux en sursis pour le pleurer. »

 

« Même à présent une part de lui-même souhaitait qu'ils n'eussent jamais trouvé ce refuge. Il y avait toujours une part de lui-même qui souhaitait que ce fût la fin. »

 

« Les gens passaient leur temps à faire des préparatifs pour le lendemain. Moi je n 'ai jamais cru à ça. Le lendemain ne faisait pas de préparatifs pour eux. Le lendemain ne savait même pas qu'ils existaient. »

 

« Là où les hommes ne peuvent pas vivre les dieux ne s'en tirent pas mieux. »

 

« […] un coup de chance pouvait n'être rien de tel. Rares étaient les nuits où allongé dans le noir il n'avait pas envié les morts. »

 

 

L'histoire:

 

L'apocalypse a eu lieu. Un père et son fils errent sur la route.

 

Ce livre retrace le chaos, jusque dans son écriture. C'est un texte très difficile car il s'agit d'un constat froid. Il n'y a aucune explication, on ne peut pas se dire "oh ça n'arrivera pas, c'est de la SF" car il n'y a pas d'hypothèse, juste un constat: le monde est mort. Comment survivre dans un monde mort? Cela fait écho à bon nombre de nos préoccupations actuelles (climat, injustices sociales etc…)

 

Bien sûr il y a une réflexion sur notre manière de vivre, sur l'essentiel, sur l'horreur de l'instinct de survie mais aussi sur la foi. Vaut-il mieux croire en quelque chose, combattre et vivre douloureusement ou abandonner et ne plus souffrir... Le bien, le mal, les méchants, les gentils, le chemin de la facilité ou celui de la lutte… C'est donc un livre très actuel!

 

Attention! Je vous conseille tout de même de ne pas entamer ce livre si vous êtes un peu déprimé!

 

Par Annabelle Léna - Publié dans : Les citations de mes lectures - Communauté : Autour des citations
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Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /2010 09:35



« Encore une journée d’écriture. Souffrance et vomissements. La littérature est la quintessence de la pensée et la douleur des hommes. »

 

          Perplexe, Boris décortiqua cette phrase plusieurs fois. Il la lut paisiblement sur son canapé, puis, agacé, à l’inspiration de sa livreterrasse. Il la relut ensuite avec et sans lunettes, avec et sans whisky. Il hésita même à la lire les yeux fermés… C’était peut-être là, la seule manière d’en saisir le sens. Ou du moins un sens et ne pas avoir l’air d'un sombre idiot devant Vanessa, lorsqu’elle lui demanderait ce qu’il avait pensé de ce livre. Ce maudit livre !

 

          Soi-disant que s’il l’aimait, Boris devait absolument lire ce livre... Alors, il comprendrait, soi-disant, tout. Leurs disputes, leurs failles, leurs silences et leurs promesses. Une sorte de transcendance assurée qui éclairerait leur couple…

         C’était parti plutôt fort entre eux. Pour une fois que Boris fréquentait une littéraire, ça le changeait des éternels potins people de la gente féminine! Il avait craqué pour Vanessa la spirituelle, Vanessa qui réfléchissait avant de parler, Vanessa qui s'interrogeait sur les raisons d'un éventuel pourquoi et comment de ce monde, Vanessa qui était capable de lui en boucher un coin avec des citations du moyen-âge. Mais voilà, depuis peu, l’ambiance tournait au vinaigre, périmé de surcroît. Au final, toute cette spiritualité devenait pénible, un casse-tête permanent. Une paranoïa s’installait insidieusement à travers chaque geste, tout devenait louche, comme imprégné d'un sens caché, un piège que Boris devait débusquer. Il en venait à craindre les silences de Vanessa, prémices d'un débat incompréhensible et moyenâgeux. Pire! Il redoutait chaque geste du quotidien. Lorsque Vanessa demandait de l'eau, était-ce par soif ou voulait-elle sous-entendre qu’une femme a besoin d’amour comme les fleurs ont besoin d’eau et qu'il lui incombait d'être cet arrosoir? Ce n’était plus vivable!

       Alors, si ce livre pouvait apporter une soi-disant transcendance lumineuse, Boris ne s’était pas fait prier et s’était plongé dedans !

 

Mais la lumière ne fut pas si vive…

Tout d’abord, le visage de Boris se crispa lorsqu’il découvrit que Vanessa avait souligné des passages clés, comme si son pauvre cerveau atrophié ne pouvait trouver seul les passages importants. Et quels passages ! Celui-ci était souligné deux fois ! « la littérature est la quintessence de la pensée et la douleur des hommes. »

 

       Non mais quelle sorte d'individu pouvait bien souligner deux fois cette phrase ? Après cinq cent pages absurdes à l’endroit comme à l’envers, une rage sourde montait en Boris, une révolte littéraire. Toutes ces pages n'avaient aucun sens. Elles ne vomissaient qu'un ridicule amalgame de mots savants dans l’espoir prétentieux de créer de belles phrases mais creuses. Creuses comme son couple, c’était peut-être cela la morale de ces cinq cent pages de torture! Ce texte était illisible et Boris était censé y trouver des réponses ? Cela ne présageait rien qui vaille pour son couple...

        Pour Boris, un beau texte, et un beau couple aussi d'ailleurs, transcendant et magnifique, se devait d’être simple, essentiel. Vivre et lire à fleur de peau, les tripes à l’air. Pas de détour, de semblant, de « je me cache pour faire joli », de « je suis intelligent avec mes jolis mots ». Non. Pour lui la littérature, comme le couple, n’était pas souffrance, ni une quelconque quintessence mais une respiration, une bouffée insufflée, un monde transmis, un ulivre 2nivers et un ailleurs qui, au fil des pages et des années, devenait son double à portée de main. Pour lui la littérature ne se lisait pas avec un dictionnaire, elle lui parlait superbement, lui susurrait des histoires au creux de l’oreille, se donnait à lui à chaque mot.

     Tout l’inverse de Vanessa, d’ailleurs, qui s’obstinait à se refuser, prétextant une cérébralité exacerbée, un besoin de communion avant de livrer son corps. Vanessa qui se cachait derrière un livre car elle était bien incapable de faire une phrase cohérente ! Voilà ce que comprenait soudain Boris !

       Plus il réfléchissait à cette phrase soulignée deux fois, cette souffrance et ces vomissements, à cette soi-disant quintessence de l'homme, qui d’ailleurs n’avaient aucun rapport avec le reste de l’ouvrage, plus il se demandait pourquoi Vanessa et lui devaient se parler en livres interposés? Pourquoi n’ouvrait-elle pas simplement la bouche comme un être humain normal si elle avait quelque chose à dire? Cette quintessence exaspérait Boris, ce mot surligné représentait toute l’hypocrisie d’intelligence que se donnait Vanessa, sa vanité bête et méchante.

         Quintessence, quintessence, Boris ne voyait plus que ce mot prétentieux et méprisant. Il maudissait cette quintessence et cette femme qui se permettait de lui imposer cinq cent pages d’ennui.

 

         Boris n’y tenait plus. Il jeta son couple à la poubelle puisqu’il ne comprenait rien à ce maudit livre. Ou plutôt il jeta ce livre puisqu’il ne comprenait plus rien à son couple. C’était évident mais comment ne l’avait-il pas su plus tôt ? Un féru de Don Quichotte ne pouvait décemment cohabiter avec une psychologie de bas étage…

         Il était quinze heures trente, Vanessa n’allait pas tarder aussi Boris claqua la porte énergiquement. Une porte fermée, ça lui apprendrait, à celle-là, à réfléchir à la quintessence de la douleur et des vomissements !

 

          Boris ne ralentit le pas qu’une fois atteint le deuxième étage de la Fnac. L'espace littérature, immense, regorgeait de femmes mais Boris ne céda pas à la facilité! Non. Il lui fallait une intellectuelle, certes, mais pas n'importe laquelle cette fois.

         Aussi il dépassa avec rage le rayon psychologie ainsi que le rayon jeunesse et art de vivre. Vade retro ce genre de littérature à la quintessence de rien du tout ! Boris hésita un instant devant le rayon cuisine et bien-être. Intéressant d’un point de vue technique mais se voyait-il réellement échanger durant des années sur la cuisson d’un roti ou la dernière méthode d’abdo-fessiers… Non. Il accéléra et, au passage, ignora superbement le rayon antiquité, histoire moderne et sciences. Soudain Boris repéra sa proie: une jolie brune en col roulé au rayon fiction. C'était bien, ça, la fiction… Un univers de mondes, d'expériences, de points de vue. Une infinité de vies et non des faux semblants d'intelligence… Boris saisit un Dostoïevski, histoire de montrer de quoi il était capable et s’approcha lentement de la brune.

     La demoiselle feuilletait un Marc Levy… C’était bien ennuyeux mais après tout, cela pouvait donner lieu à des débats animés…

 

« Bonjour. Je vois que vous hésitez ! Moi aussi. À vrai dire, il y a tellement de choix de nos jours que l’on ne sait que choisir ! Au fait, je m’appelle Boris.

- Oui, vous avez raison mais je crois que j’ai trouvé mon bonheur.

- Marc Levy ?

- Oui, j’adore son style.

- Hum… Oui, c’est assez moderne.

- Oui mais surtout je trouve que… Je ne sais pas… Je dirais…Je dirais que ses romans sont la quintessence du romantisme dans notre archétype quotidien. Vous ne trouvez pas ?

- La quintessence vous dites ?

- Oui, pourquoi ? »

 livre 3

        Boris ne répondit pas et tourna les talons. Après tout, rien ne valait la grande littérature, Dostoïevski serait bien suffisant pour la quintessence de ses prochaines soirées en célibataire !

 

© Annabelle Léna - 2010- "Tous droits réservés" 

Par Annabelle Léna - Publié dans : Mes inédits - Communauté : ecrivains en herbe
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Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /2010 16:00



Jane-Eyre.jpg"Oui, Mrs Reed, c'est à vous que mon âme torturée doit de connaître certaines angoisses redoutables. Sans doute devrais-je vous pardonner, vous ne saviez pas ce que vous faisiez; tandis que vous me déchiriez le cœur, vous croyiez seulement extirper mes mauvais penchants."

 

"Mais avec quelle minutie vous vous souvenez de tout [ ] Quelle impression singulièrement profonde son injustice semble avoir produite dans votre cœur! [ ] La vie me paraît trop courte pour la passer à entretenir la haine ou à enregistrer les torts."

 

"Une femme capable de me trahir pour un tel rival n'était pas digne qu'on se la disputât; elle ne méritait que mépris; moins que moi toutefois, qui avais été sa dupe."

 

"Il se faisait aimé de moi sans même me regarder."

 

"Vivre, pour moi, Jane, c'est être debout sur le cratère d'un volcan qui peut, d'un jour à l'autre, faire éruption et cracher du feu."

 

"Il était proche (le danger), en effet, et comme je n'avais pas joint les mains, ni fléchi les genoux, ni remué les lèvres pour supplier le Ciel de l'écarter, il vint. Le torrent débordant, impétueux, fondit sur moi; sa masse sombre et puissante, qui m'écrasa, n'était autre que la clairvoyante conscience de ma vie désolée, de mon amour perdu, de mes espérances détruites, de ma foi frappée à mort."

 

"Les amis oublient toujours ceux que la fortune abandonne."

 

 

L’histoire :

 

Un roman pour adolescentes certes ! Néanmoins, c’est une histoire d’amour impossible qui passionnera son lecteur (bon d’accord sa lectrice ;-)). C’est un roman qui a énormément fait parler de lui à sa sortie, notamment grâce au féminisme qu’il véhicule. Féminisme qui peut nous paraître bien gentillet aujourd’hui. Ceci dit Jane Eyre a tenu tête toute sa vie, et pour cela elle reste, à mes yeux, une femme moderne, bien plus moderne que certaines femmes d’aujourd’hui.

Par Annabelle Léna - Publié dans : Les citations de mes lectures - Communauté : Autour des citations
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Annabelle Léna

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