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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 21:12

 

null« J’aurai été syndicaliste pour être salarié protégé, l’intouchable haï des équipes dirigeantes et honni de ses propres collègues, le banni des augmentations, le damné des promotions, le forçat du droit social, représentant la loi dans un univers hors la loi »

 

« Je pourrais le faire attendre à la sortir de l’entreprise par des tueurs à gages qui l’emmèneraient dans la campagne pour le tuer après l’avoir fait méticuleusement souffrir ou, mieux, qui l’abattraient comme un chien, un p’tit coup de carabine et puis s’en va, d’un pas fier et méprisant, il ne s’est rien passé, juste une détonation dans le silence, quand j’allais à la chasse avec papy c’est la première chose qui m’avait troublé, la facilité avec laquelle on peut enlever la vie, une simple pression du doigt et c’est fini, tout se résume désormais à cette petite chose encore chaude mais déjà inerte… »

 

« Etudions son cas, toutes les analyses morpho-psychologiques et physiognomoniques sont formelles, cet homme ressemble à un gland »

 

« Je ne serais tout de même pas la premier à tout reprendre à zéro [], oui, cela devrait être possible, à condition bien sûr d’en avoir la volonté, pas question de rester confortablement à la maison en attendant que ça passe [], ne pas laisser mon existence se faire sans moi, tranquillement, à mon insu, ne pas m’embourgeoiser et finir dans un cul-de-sac, un peu de nerf, mon vieux [], ne pas rater ma vie [], le salut, il est là, il ne tient qu’à moi de le gagner, je suis un homme libre, la vie est longue et l’avenir m’appartient… »

L'histoire:

Une dissection acide du monde de l’entreprise sous métaphores infernales. Une multinationale qui brise ses employés : le thème est d’actualité !

 

Attention tout de même à la syntaxe. Il n’y a aucun point, aucune phrase « classique » à travers ses pages, il s’agit d’une suite de monologues intérieurs rythmés de virgules. La lecture peut donc parfois être difficile.

 

 

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Published by Annabelle Léna - dans Les citations de mes lectures
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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 15:09

L’Enfer :


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« Vous qui entrez, laissez toute espérance. »

 

« Qui a trahi meurt éternellement. »

 

« Voici venir la [ fraude ], voici celle qui infecte le monde ! »

 

« Votre avarice attriste le monde, opprimant les bons, exaltant les méchants. »

 

« Ce n’est pas assis sous la plume ni sous la couette, qu’on arrive à sa gloire ; or qui consume sa vie sans elle laisse de soi, sur terre, trace pareille à celle de la fumée dans l’air, et de l’écume dans l’eau. Lève-toi donc ; vaincs cette angoisse par la courage qui gagne les batailles, s’il ne fléchit pas sous le poids du corps. »

 

« La juste requête doit être suivie par l’action sans discours. »

 

« Lorsque ta vue veut pénétrer trop loin dans les ténèbres, il advient qu’en imaginant tu t’égares. »

 

 

Le purgatoire :

 

null"Horribles furent mes péchés, mais l'infinie bonté a de si grands bras qu'elle y accueille ce qui s'adresse à elle."

 

" L'homme en qui germe une pensée sur une autre pensée s'éloigne de son but; parce que la fougue de l'une ramollit l'autre."

 

"Que ferons-nous à qui nous veut du mal, si nous condamnons qui nous aime?"

 

"Laisse là maintenant, laisse toute crainte; tourne-toi par ici, et viens: entre avec sûreté."

 

 

 

Le Paradis :

 

null« La volonté, si elle ne veut pas, ne s’éteint pas. »

 

« Car il arrive que l’opinion hâtive penche souvent du mauvais côté, et puis la passion ligote l’intellect. »

 

« Mais toi, qui es-tu, qui veut t’asseoir en chaire pour juger à distance de mille milles avec la vue qui porte à un empan ? »

 

 

L'histoire:

Je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai compris les 99 chants de cette trilogie !
Mais je dois avouer que leur lecture est passionnante et que cette pure fiction possède un pouvoir mystique impressionnant. Cette comédie nous montre les châtiments et récompenses qui nous serons infligés suivant que nous soyons bons ou mauvais… Cette illustration de l’au-delà colle si bien à l’imaginaire collectif qu’elle en devient troublante…
Et, même si je sais que « Vouloir les entendre est bas désir. », c'est quand même L'Enfer le plus marrant à lire!             
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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 16:30


null« Elle me donnait tant de plaisir que j’en eus une peine immense. »

 

« Brusquement je veux le monde en pièces et les hommes en bouillie ! »

 

« Nous serions restés là jusqu’à ce que je grandisse et même après, à n’attendre rien que le lendemain pour repartir sur ces chemins. Il n’y avait plus les fracas du préau et les silences de la classe quand le maître fouille nos yeux pour savoir qui va être interrogé, ni les départs nocturnes de ma mère vers les hôpitaux. Il n’y avait que le soleil pour nous chauffer tranquillement, sans personne pour demander pourquoi nous n’avions plus envie de bouger, pourquoi nous restions là avec le pigeonnier, sur l’éternité de ces pierres blanchies par l’immobilité. »

 

« « Vous voulez la tuer votre mère ? » [ ] Je me suis mis à marcher seul avec cette phrase accrochée à mon cou comme un grelot de chagrin. Quand j’allais à travers le sable des pinèdes, quand je mangeais le soir loin de notre cuisine, quand je faisais semblant de m’amuser, quand je m’éveillais chaque nuit dans le long dortoir qui domine le chemin escarpé que ma mère avait repris toute seule. Quand je l’oubliais, elle était encore là cette phrase de nuit, comme une ombre qui marche à côté de vous sans trêve, dans un pays où le soleil ne se couche jamais. »

 

« Voilà ce que j’aime dans la vie, ce qui se passe dehors et qu’on ne me demande rien. »

 

« Je compris que le bonheur ça n’arrive jamais. »

 

 L'histoire:

 

Que dire de René Frégni si ce n’est qu’il manque me crever le cœur à chaque phrase et ce dans chacun de ses livres ! Sa sensibilité à fleur de plume ne peut laisser indifférent.


Le voleur d’innocence, c’est un enfant révolté contre la pauvreté de sa famille et la maladie de sa mère, un enfant qui ira trop loin…

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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 16:31



« Mais l’Himalaya non plus ne sert à rien. Pourtant, du sommet, on a une sacrée vue ! [ ] Il faut servir la vérité, non se demander à quoi elle sert. »

 

 

 

« Comme s’il existait, au fond du sommeil, certains lieux interdits, certaines portes infranchissables, certains escaliers fatals, certains couloirs d’où l’on ne revient pas.[ ] Oui, le sommeil avait ses martyrs. »

 

« Et lui qui, en rêve, était entré dans des pays qui n’existent sur aucune carte, lui qui avait parcouru sur son lit d’interminables Sibéries, des Indes mystérieuses et des Chines inouïes, lui qui, ronflant sous ses couvertures, avait navigué sur des mers sans nom et traversé des déserts sans fin, lui qui, bercé par le tic-tac de son réveil, avait exploré le palais souterrain de la reine de Saba et les jardins suspendus de Babylone, lui dont la géographie onirique aurait pu donner matière à des centaines d’atlas, il ne pénétrerait jamais dans cette pièce située à quelques mètres de lui… »

 

« Vous et vos semblables, vous mettez les hommes en cage, et lorsque à force d’être enfermés ils sont devenus mauvais, vous en déduisez qu’ils méritent leur cage. »

 

« Et ce petit pouvoir minable, leur seul luxe, ils passaient leur vie à le suçoter comme un os. »

 

« Il m’a traité de rapouillé, la pire insulte du sommeil. »

 

« On accuse [ les kangourous ] d’être envahissants, bêtes et non comestibles. C’est exactement ce que je pense des hommes. »

 

« Il y a des choses dont on rêve parce qu’elles existent et des choses qui viennent à exister parce qu’on en rêve. »

 

« Il n’avait rien à dire parce qu’il n’y avait rien à dire. Il était devant un mur, un mur humain plein de cravates et d’opinions déjà faites, un mur infranchissable d’intellectualisme borné, un mur hérissé d’idées à la mode et de préjugés vieux comme le monde. [ ] A quoi bon parler ? Si ces gens-là, à leur âge, n’ont pas encore compris, ils ne comprendront jamais. »

 

« La vie c’est toujours ici et maintenant. [ ] Car d’espoir en espoir on va au cimetière, mais au fond de l’instant on trouve l’éternité. »

 

« Joseph décida que la vie n’était qu’un rêve dont il ne fallait pas faire un drame. Que la vie ne soit qu’un rêve peut inciter les faibles à ne rien entreprendre. Mais cela engage les âmes fortes à tout oser. »

 

« Je l’ai laissé à lui-même, ce qui somme toute est le pire des châtiments qu’on puisse lui infliger. »

 

L'histoire:

Joseph croit que le sommeil est le remède aux maux de l’humanité et se bat pour que chacun y ait droit. Il cherche au fond de son lit le trésor de la vie et dénonce le monde en proie au mercantilisme et à la rationalité.

 

Si, comme moi, vous êtes accro au dodo, vous ne pourrez plus vous passer de ce livre !

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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 13:04



















              « Tu es trop grosse » qu’il m’a dit hier mon Rogers. Oui, avec les années, tel le vin qui se bonifie, mon mari est devenu observateur… Sûr que je ne suis pas une brindille mais enfin, lui ne ressemble pas au Prince Charmant ! Et il me faut bien de la patience pour supporter sa manie de se gratter l’entrejambe avec autant de fougue toute la journée. Mais voilà, Môsieur se permet de critiquer car il est abonné à un magazine qui le submerge chaque mois de divines créatures, certainement retouchées par ordinateur, mais ça il ne faut évidement pas le dire sinon je me fait enguirlander ! Parce qu’en plus il est interdit d’y toucher, à ces miss… Par ma propre boîte aux lettres elles arrivent, ces briseuses de couple ! Et lui, il les paie avec le compte commun, donc c’est un peu moi qui les convie à la maison… Alors aujourd’hui, j’ai décidé de revoir les cartons d’invitations !

 

            Je ne vais tout de même pas me laisser influencer par cette propagande qui endoctrine mon mari et tous ces autres moutons de basse prairie ! Sous prétexte de mettre les femmes en valeur, alors que, de vous à moi, ce ne sont là que des habits stéréotypés et sans saveur, qui plus est fabriqués par des enfants enchaînés aux murs insalubres d’un pays reculés du tiers monde ; bref, sous prétexte de nous habiller décemment, ces obnubilés du penser droit nous harcèlent d’images anorexiques ! Même la fille du voisin ne ressemble plus qu’à un vulgaire caniche neurasthénique, à force de se faire vomir, de n’ingurgiter que des ananas en tranche et des laxatifs en plaquette. Bravo ! Mais moi, je ne vais pas me laisser faire aussi facilement... Il n’est pas encore né celui qui me fera perdre du poids, je ne suis pas une de ces adolescentes encore malléables. Et, si un parvient à me faire grimper sur la balance, je m’en fiche car j’aurais pris soin d’ôter les piles juste avant ! Voilà !

 

            Non mais regardez-les, toutes ces femmes placardées sur les abribus. Quelle drôle d’idée cette invasion de femmes nues. Leurs armes, ce sont leurs poitrines. Charmant ! Mais moi je me demande vraiment quelle bonne femme a réellement envie de s’acheter des culottes après avoir vu son fils et son mari baver sur une vitre d’abribus ? Et tous ces hommes qui retournent à leur état de bête, oubliant leur frein et se percutant les uns derrière les autres aux feux rouges… C’est malin ! C’était vraiment utile l’évolution, la lutte des classes, la philosophie… Pour en arriver là, perdre ses moyens devant un string en coton réversible ! Réversible en plus ! Non non non. Je refuse leur liberté fabriquée en série, leur modèle de vie merveilleuse et enchantée étalé dans ces magazines misogynes.

 

             Je suis trop grosse peut-être mais Rogers lui, il est bien trop vulgaire ! Trop vulgaire pour me jeter ça à la figure après vingt ans de mariage, trop vulgaire pour ne pas se rendre compte que ces femmes sont malades, et peut-être même qu’elles sont mortes cinq minutes après ne pas avoir souri sur cette photo, tout simplement car quelqu’un a décidé qu’il fallait faire du 32 pour être belle, et que la nature elle, a décidé que dans un 32, plus besoin de dents ! Ce n’est pas possible que la beauté s’enferme dans un chiffre. Non, ça je le refuse. Un chiffre c’est vilain, regardez le 7 comme il a l’air malheureux, et le 9, comme il est ridicule avec sa grosse tête ! Aucun âge ni aucune mensuration ne peuvent rendre une femme belle lorsqu’elle est bête ! Et au lieu de les aider ces femmes qu’ils aiment tant, ils les encouragent à se faire encore plus de mal… Je t’aime, je te détruis… C’est beau l’amour…

  

            Tant pis ! Je suis trop grosse peut-être mais je peux encore plaire, tandis que Rogers lui, même ses précieux magazines le regardent de travers. Alors je vais lui montrer moi, à Rogers, que je ne suis pas trop grosse pour tout le monde. A commencer par le jardinier qui passe cet après-midi, et qui essaie toujours de m’apercevoir à travers la fenêtre en taillant les haies, comme dans ces films d’époques où de braves gens faisaient secrètement la cour à des duchesses magnifiques. Eh bien aujourd’hui, le jardinier il va voir la lune parce que je vais l’accueillir dans l’habit le plus convivial de la planète : mes rondeurs bien moelleuses.

 

             Mais avant, je vais balayer ma maison de tous ces magazines monstrueux. Que je les déteste toutes ces caricatures de femmes libérées et insoumises… Tu parles ! Ce sont tout juste de gentils petits esprits acceptant bien poliment de rentrer dans des jolis petits carrés, et ces jolis petits carrés s’entassent à côté d’autres jolis petits carrés. Rien ne dépasse, tout est propre, les formes de la nature ne sont plus que des parallèles et des perpendiculaires, des axes autoroutiers froids et sans vie… On a réussi à leur faire croire qu’il s’agissait de leur propre volonté, elles en redemandent. Chapeau bas ! Mais moi je ne suis pas faite d’angle droit, je suis ronde alors on ne peut pas me mettre en boîte, voilà le problème !

 

              Nous y voici, j’aperçois le jardinier… C’est drôle mais je ne connais pas son nom… C’est bien aussi sans nom… Tiens ! A priori lui aussi m’a remarqué car les buissons ne l’intéressent plus du tout ! Il s’approche lentement, m’observe par la fenêtre avec de grand yeux tout ronds. Au pas de la porte je l’invite à entrer. Lorsque sa bouche s’entrouvre je pose un doigt dessus. S’il parlait je n’aurais plus le courage... Sans un mot il m’installe sur le canapé et me caresse. Je ne me souviens plus la dernière fois où un homme m’a touché de la sorte. Ce n’est pas mon vieux Rogers qui s’y prendrait comme ça ! Ses mains, dures et terreuses, sont tendres comme les pétales d’une rose sur ma peau. Un bouquet de caresses entre quelques doigts. Moi qui voulais prendre en main ma vengeance, finalement je baisse les armes, m’abandonne auprès de cet homme, si différent de ceux des abribus.

 

               Après quelques minutes, ma vision s’embrume mais je distingue nettement Rogers franchir le seuil de la maison, déposer ses clefs dans le vide poche, se diriger vers son atelier et s’y enfermer à double tour, transcendé par la lecture de son magazine. Décidément, quelque chose ne tourne pas rond chez mon Rogers… Mais peu m’importe ma vengeance, peu m’importe ces magazines, maintenant je les lui laisse ses chimères, j’ai moi aussi trouvé catalogue à mon goût. Je me demande déjà à quelle heure passera le facteur demain matin, peut-être je pourrai l’inviter à entrer un instant…




    


 







© Annabelle Léna - 2009 - "Tous droits réservés"

La revue:

Le fameux hebdomadaire culturel abrite une rubrique "Lire et Dire" dont "l'esprit est de faire découvrir des auteurs de la région ainsi que leurs textes". (Guilhem Ricavy, Responsable de la rédaction)

Pour plus d'informations:
http://www.marseillelhebdo.com/


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14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 08:39





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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 18:41

         
         Suite à la plainte d'un Charles-Hubert Henri, choqué de voir son prénom bafoué dans ma nouvelle "Paris, la bourgeoise.", je présente officiellement mes excuses les plus sincères. Evidemment, toute ressemblance était fortuite, les Charles-Hubert Henri sont nos amis! Et je promets, à l'avenir, de changer de victime désignée   

          Amitiés.
          Annabelle Léna.

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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 14:19

                                       Chapitre 1.                                
                                          
 

– Chef, vraiment… Désolé de t’interrompre mais y’a quelque chose que j’comprends pas. C’est bien beau c’qu’on fait une fois à l’intérieur mais excuse-moi, comment on y rentre dans cet entrepôt, s’il est gardé 24 heures sur 24 ?

Marc ne supportait pas d’être interrompu. Il crispa ses poings pour ne pas étrangler l’opportun. Son regard s’assombrit. Dans ses yeux, les deux balles d'un gros calibre tenaient les autres en respect, à bout portant. Une légère cicatrice abaissait le coin de son œil gauche. Des lames de rasoir tranchaient ses pommettes alors que sous la peau ravagée de son front, un animal rôdait.

Il est de ces visages qui dépeuplent les trottoirs lorsque le jour faiblit, libèrent les bancs publics avec l’exacte rapidité du fauve. Eh bien ces faciès obscurs n’osaient se mesurer à celui de Marc. Du haut de sa carcasse nerveuse, cet homme vivait seul. À ses pieds, il ne distinguait que des paupières basses, parfois même quelques tremblements incontrôlés.

 

Marc inspira profondément. La réunion débutait à peine. Il lui fallait ménager ses hommes pour le plein succès de l’opération. Tout cela n’aurait qu’un temps. Patience. Plus tard il assouvirait sa rage, tabasserait et massacrerait qui de droit. Malheureusement pas de suite... Il desserra les poings.

     – Vraiment désolé Chef, j’t’assure tu l’as pas dit…

    – Je NE l’ai pas dit Paul, NE l’ai pas dit. Arrête de parler comme un manouche !

C’était certain, Marc ne s’exprimait pas à la manière de ses recrues. L’évolution de ces sans cervelle dans le grand banditisme relevait du hasard. De simples vols de scooters en échecs scolaires, leurs carrières avaient bourgeonné. À l’inverse, Marc avait été repéré bien plus jeune par des hommes en costume-cravate, capables d’égorger leur victime sans bruit ni éclaboussure. Des hommes au phrasé et manières irréprochables.

L’orphelinat dont Marc s’était évadé n’avait signalé sa disparition qu’après de longs mois. Chacun espérant ainsi que la police perde la trace de ce démon. Dans la rue, des hommes de main repérèrent les ténèbres de l’enfant. Il transpirait le futur assassin dans toute sa perfection, toute sa beauté. Ces nettoyeurs firent son éducation, à leur image. Belle réussite. Avec les années, le méchant garçon devint un homme mauvais.

     – Je n’en ai pas parlé car c’est un détail négligeable. L’entrepôt est gardé 24 heures sur 24 par des bras cassés. La nuit, un vigile dans une loge pas même blindée, à côté de la barrière. C’est une compagnie de surveillance qui engage des chômeurs longue durée. Le jour c’est l’hôtesse d’accueil qui assure la sécurité du site.

    – C’est une blague ?

    – Pas du tout. Pendant la journée c’est derrière le comptoir de l’accueil que sont basculées toutes les commandes de sécurité. L’hôtesse actionne les barrières, gère les caméras de surveillance et le système d’alarme dans sa globalité, détecteurs de mouvement et incendie.

    – Laisse-moi rire, une hôtesse d’accueil ? Avec ses petits bras musclés ?

    – Je t’assure que si tu l’ouvres encore, tu ne riras plus jamais de ta vie. Paul, tu me tapes sur le système à parler tout le temps. Un jour tu feras tout rater avec cette manie ! Alors maintenant c’est très simple, tu la fermes sinon c’est mon poing dans ta gueule.

Ici était la limite à sa diplomatie. Ménager ses hommes était un fait. Supporter leur misérable stupidité qu’il méprisait tant, en était un autre. Marc laissa ses dernières paroles nettoyer l’air de tout parasite sonore, puis reprit :

     – Les gars, je vous rappelle après tout que ce n’est qu’un entrepôt. Enfin… Pour le commun des mortels ce n’est qu’un simple entrepôt de textile, donc inutile d’engager l’armée pour surveiller quelques cartons. Poursuivons. Nous entrerons tout naturellement par l’entrée principale sur les coups de huit heures…

D’une main nerveuse, Marc désigna un plan et des photos punaisés au mur. Un halogène combattait l’éclairage poussif de cette cave humide. Sur des relents de canalisations bouchées, les clichés de la zone industrielle des Papillons Fleuris s’étalaient du sol au plafond. Une sombre putain qui écartait ses cuisses au plus offrant. Bien trop vulgaire pour être honnête, elle empestait la magouille et la pourriture dont les hommes se vident au quotidien.

Sur chaque image : un amas de béton comme la nature l’interdirait, en bordure d’autoroute, cerné par un no man’s land en jachère, des champs à l’abandon patientant de devenir constructibles. Les paysans avaient été congédiés. Tant pis pour les légumes régionaux. Le capitalisme avait contaminé la zone et pullulait par camions entiers.

En bordure, l’entrepôt Fringand se détachait par la modernité de sa structure et les dimensions affichées. Des barrières réglementaient les entrées par le sud. Dernier arrivé, son implantation avait remporté la fierté des élus locaux. Enfin une grande marque nationale s’intéressait aux Papillons Fleuris ! Enfin la commune serait citée dans les journaux télévisés !

      C’est certain, après notre coup, leur zone industrielle, tout le monde connaîtra.

Plus que la médiatisation, les truands insuffleront la renommée. Mieux, la réputation ! Ce sera le buzz et chacun se pavanera d’avoir croisé le chemin des malfrats. Quelle gloire que cette pancarte, à la une des journaux, soit plantée tout près de sa pelouse ! Les Papillons Fleuris aussi auront leurs quartiers sensibles, et pourquoi pas un jour, une émeute. Personne ne gloussera plus en imaginant un trou perdu. Les regards seront admiratifs et ils seront fiers, tous, de raconter leur version de la plus sanglante prise d’otage du siècle !

D’autres, avant eux, léguèrent le récit des combats dans les tranchées, du sang de la révolution ou encore de la lutte des classes. Mais pour les enfants des Papillons Fleuris, ce sera un héritage arrogant, inutile… mais ô combien plus médiatique ! La vanité des hommes dépassait donc la grandeur de leur égocentrisme, jusqu’à s’imposer dans les détails les plus sordides du quotidien méprisable des existences les plus pourries…

Les médias créaient la société et réclamaient du spectacle. Pour être aimé des journalistes, il fallait être mauvais. Les petites communes sans histoires n’avaient aucune chance. Le sang, plus que toute autre arme, détenait ce pouvoir divin de leur insuffler la vie.

      – Ils nous remercieront tous, à se voir à la télévision, comme des stars ! Jamais ils n’auraient osé en rêver, la mort juste à côté de chez eux. Ces chacals auront plus de peine de voir partir les caméras que pour leurs voisins décédés.

 Face au mur exposant la carte au trésor : cinq hommes assis sur des chaises en bois, cinq mercenaires aux larges épaules. Paul, au visage plus fin, avait redressé le col de sa veste, jusqu’à dissimuler sa bouche, preuve de sa bonne volonté à ne plus l’ouvrir. Tous écoutaient la présentation. Chaque détail de ce microcosme se consignait dans leurs cerveaux.

Le bâtiment exhibait deux étages. Son parking se prolongeait d’une passerelle piétonne qui guidait les visiteurs vers l’accueil, au premier. Sur ses plaques métalliques, l’écho des souliers les plus fins résonnaient comme les ruades de sabots fous. À l’étage, des bureaux et des salles de réunion. Ici se maintenaient au chaud les viandes ramollies des quelques travailleurs non manuels de l’entrepôt. Par une porte, et une seule, située au fond de l’accueil, les magasiniers accédaient aux stocks de marchandises et aux quais, au niveau zéro. Le système de sécurité verrouillait cette porte, comme chaque porte du site.

Le flux des magasiniers était rythmé. Ils rejoignaient le site par vagues. Une à six heures, une à sept heures, puis plus rien jusqu’à la relève des équipes de l’après-midi, à quatorze heures.

      Donc, nous nous présentons à la barrière à neuf heures, comme ça chaque équipe sera déjà à son poste. Roger, tu conduiras. Tu sonnes et prétexte vouloir déposer un CV. L’hôtesse ouvre la barrière. La voiture s’engage.

Marc se méfiait des cervelles de ses truands. Les informations s’alignaient donc simplement, avec les mots les plus pauvres de son vocabulaire. Ainsi n’importe quel crétin comprenait.

Il disséqua l’immeuble, décortiqua ses rites et ses coutumes. Les moindres recoins surgirent d’un plan annoté en tous sens. Des ronds rouges incarnaient les yeux traîtres des caméras. Elles pesaient à chaque instant sur les épaules des magasiniers. Le moindre regard extravagant et l’objectif zoomait. L’accusé, convoqué, devait alors s’expliquer.

Nul n’était autorisé à circuler à l’étage en dehors des heures de pause, encadrées par des responsables. L’homme était un minuscule matricule perdu dans un dédale de rayonnages. Tout était canalisé dans le sens de la marche. La bonne marche de l’entreprise, s’entend.

Une alarme reliait au central chaque porte, chaque issue de secours. Derrière ces portes et ces alarmes, des détecteurs de mouvement guettaient. Mais ce n’était pas suffisant. Pour surveiller les détecteurs de mouvement, il y avait les caméras. La plupart des prisons de ce pays auraient fait grève pour posséder un tel équipement.

     – Ils ont la phobie de l’incendie et du voleur qui essaie de s’introduire, alors ils ont bâti le site le plus sécurisé de toute la région. Le directeur est un accro aux nouvelles technologies, aux gadgets… Il a voulu s’offrir un bijou, l’entrepôt le plus moderne de France. C’est bon pour l’image. Il l’a eu, maintenant il est à nous. Une fois à l’intérieur, à l’abri sur le plateau, même le GIGN ne pourra pas nous déloger.

Dans la cave, les caïds jubilaient de cette maîtrise militaire. Un véritable défi au crime. Ces hommes étaient, depuis gamins, rongés par l’envie de répondre aux provocations des honnêtes gens. Ils jouissaient à l’idée d’assaillir ces barrières dressées contre eux, de dévaster les symboles d’une société qui les avait joués perdants, après les avoir enfantés.

Ils s’imaginaient déjà, souriants aux neuf caméras qui décortiquaient le site de l’intérieur comme de l’extérieur, de jour comme de nuit. Grâce aux écrans de contrôle qui diffusaient en permanence les images des moindres recoins, l’accueil était une citadelle aux miradors électroniques. Depuis ses hauteurs, l’entrepôt n’avait aucun mystère.

– Donc je continue... Une fois garés sur le parking, Roger, tu prends tranquillement la passerelle qui mène à l’entrée, sans arme, juste avec le CV que tu viens déposer. Tu sonnes pour que l’hôtesse d’accueil t’ouvre. C’est le seul point sensible du plan. Si elle n’ouvre pas, nous serons obligés de faire sauter la porte, alors tu lui fais ton plus beau sourire, compris ? Une fois la porte déverrouillée, nous arrivons, armés. Nous nous diviserons en deux groupes. Le Gros, Henri et Paul, vous venez avec moi.

Le Gros n’était pas réellement gros, juste gonflé de corticoïdes pour soulager ses souffrances. Déclaré inapte contre sa volonté, il entendait bien prouver sa valeur. Même si cela impliquait une carrière en marge… Aussi écoutait-il plus attentivement encore que les autres. C’était une question d’honneur : réussir. Mieux valait réussir un délit que d’être un incapable. La mort plutôt que l’oubli.

Marc et son équipe envahiront immédiatement le niveau zéro pour maintenir l’effet de surprise sur le personnel. Roger et Éric se chargeront de prendre l’accueil d’assaut.

    – Avant toute chose, Éric, tu passes derrière l’accueil et tu nous déverrouilles l’accès au niveau zéro, puis tu fais sauter la cervelle de l’hôtesse. Je veux voir son sang gicler sur le comptoir à cette salope. Si nous voulons être pris au sérieux, il faut frapper fort dès le début. Tu balances son corps sur la passerelle, ce sera une image splendide pour le vingt heures. Après ça, Roger, tu prends le personnel du plateau en otage. C’est cette pièce là, tu vois, où il y a quelques bureaux et des salles de réunion. Il ne devrait pas y avoir grand monde, juste le directeur et quelques comptables. Pendant ce temps, toi, Éric, tu fais le tour de l’étage pour vérifier qu’il n’y ait personne aux toilettes ou en salle de pause, auquel cas tu les rapatries sur le plateau. Quand c’est fini, vous attendez qu’on vous remonte les magasiniers.

Pendant ce temps, au niveau zéro, Marc et son équipe évacueront les camions puis condamneront les barrières d’entrée et sortie, ainsi que les plateformes de chargement du quai, avec des barbelés et des sacs de sables. L’entrepôt sera alors un bunker redoutable, aussi impénétrable que certaines calanques marseillaises.

     – Leurs réserves de barbelés se trouvent dans la pièce ici. S’il y a des otages qui s’échappent pendant la fermeture du quai, ce n’est pas grave. Tant mieux pour eux… Ou plutôt tant pis car vous êtes autorisés à leur tirer dessus, et dans le dos même, histoire que les autorités comprennent à qui ils ont à faire. Nous embarquerons ceux qui sont encore vivants, l’équipe du matin c’est maximum trente personnes, et nous rejoindrons l’étage.

Marc pointa du doigt le lieu de rassemblement, face à l’accueil. Quelques bureaux et des salles de réunion cloisonnées. L’endroit idéal pour garder un œil sur des otages. Les bureaux fermés officieront à tour de rôle de pièces de repos pour les malfrats.

Inutile d’envisager d’autres schémas. Des théories très strictes s’entassaient dans le cerveau malade du chef. Et notamment, règle numéro un : un ravisseur doit s’isoler de ses victimes car le risque suprême est que les truands assimilent les otages à des êtres humains. Ils n’auraient alors plus la poigne de les zigouiller.

Pour Marc rien n’était plus facile. Ses yeux ne détectaient de toute manière que des morceaux de viande la plupart du temps. Dans la rue, partout, sur son chemin ou à la télévision. Tous ces vivants lui semblaient morts. Les yeux crevés ou la rate à l’air. Marc était toujours surpris de les voir soudain bouger. Mais pour ses hommes, c’était différent. Mieux valait ne pas prendre de risque. Surtout ne pas laisser de place à la pitié. Un truand doit rester un bon truand, et les otages seront bien gardés.

     – Je vous rappelle le principe : créer la confusion. Personne ne comprendra pourquoi nous prenons un entrepôt d’assaut. Le but du jeu est d’attirer l’attention, nous rallier à une cause en réclamant la libération de compagnons d’armes prisonniers au fond de la jungle, et pendant ce temps Henri tu fais… Tu fais ce que tu as à faire en salle informatique. Regardez tous dans une direction, comme ça je suis libre de faire ce que bon me semble dans votre dos. Le système informatique de l’entrepôt est relié à la société mère, vous n’imaginez pas à quoi est reliée la société mère… L’opération peut être invisible. Elle le sera. Des millions de petites sommes détournées à des millions d’endroits différents. Le temps que quelqu’un comprenne, nous serons déjà à l’autre bout de la planète. Compris ? Oui Roger ?

Roger était du genre sceptique…

   – Il est super ton plan Chef mais pourquoi est-ce qu’on ne ferait pas plutôt une action discrète. Toutes ces caméras qui vont nous braquer…

    – Ce n’est pas une banque. On ne peut pas rentrer et vider le coffre en deux minutes. Ce réseau est trop sécurisé pour être piraté de l’extérieur. Il faut qu’on s’installe plusieurs jours. Sans éclat, on est mort. De suite ils sauront que l’on cherche l’argent et feront tout pour nous prendre d’assaut. Tandis que s’ils nous prennent pour des kamikazes, ils focaliseront leurs efforts pour nous enlever la bombe des mains. Et nous aurons tout notre temps. Quoi encore ?

Le cerveau du groupe n’aimait pas se justifier et cette main tendue l’irritait encore plus. C’était celle d’Éric. Éric, dit La Trique, pour ceux qui l’avaient déjà vu à l’œuvre avec une femme. Il fallait toujours que ce lépreux dégoûte Marc, avec sa bave aux lèvres et son regard fuyant. Une réaction épidermique, plus violente qu’une allergie. À peine le chef apercevait-il cet abruti que la soif de le noyer engourdissait ses mains. La tête dans un seau d’eau, si possible croupie.

Marc avait longtemps hésité entre rappeler ces hommes ou recruter de nouveaux truands. Ceux-là, à force de trafiquer ensemble, étaient souillés d’une dangereuse confiance en eux. Ils se gonflaient d’orgueil à chaque respiration. La vanité du crime impuni rongeait leur professionnalisme. Sûrs de leur invulnérabilité, leurs egos rêvaient de titiller le prestige du danger attisé juste pour la gloire.

Roger et Le Gros étaient des hommes forts, de bons et loyaux truands sur lesquels Marc n’émettait aucun doute. Henri était un démon de l’informatique, l’homme qu’il lui fallait. Paul était un sombre idiot inoffensif mais La Trique… La Trique était une hyène sanguinaire, imprévisible et stupide, capable d’oublier son butin à la seule idée de pouvoir assouvir ses fantasmes. Il ne voulait pas seulement voler mais saccager, pas seulement tuer mais déguster du sang. Le problème était que, par superstition, ces hommes marchaient ensemble et Marc ne pouvait se passer d’Henri…

       – Combien de temps tu dis que ça peut durer ?

      – Écoute Éric, ça dépend de la vitesse à laquelle Henri pirate le système. L’opération peut prendre jusqu’à trois jours.

       – Ça fait long trois jours enfermés avec des otages qui pleurent… La pression… On pourra toucher aux femmes ?

La luxure... Marc ne comprenait pas. Un péché médiocre selon lui. Que durant un casse, un truand se focalise sur la petite idiote qui pleurniche dans un coin... Ça, Marc ne le comprenait pas. Les femmes n’étaient rien. Moins encore que des insectes sur son chemin, trop nombreux sur terre, inutiles et grouillants. Un bandit maîtrisait ses faits et gestes. La moindre erreur pouvait être fatale. Les femmes étaient des erreurs comme les autres. Qu’un de ses hommes risque de tout foutre en l’air pour une montée de testostérone, ça le rendait nerveux…

La Trique était un être faible. Marc vomissait les faibles.

    – On verra. Tu m’emmerdes avec tes pulsions sexuelles. En attendant vous avez le week-end pour vous reposer, on attaque lundi.

 

La Trique se renfrogna. Plus que l’argent, c’était l’opération elle-même qui l’intéressait, l’autorité conférée sur quelques misérables vies, lire la terreur dans les yeux d’une femme, le sang visqueux qui glisse entre ses doigts, les sanglots aussi. Il aimait voir le peuple à genoux, entendre ses supplications. Pour quelques heures, il personnifiait le Tout-Puissant. Dans ces moments il souriait, montrait ses dents de bête affamée ayant attendu des heures, des jours entiers sous le joug de la meute, de pouvoir enfin attaquer une proie rien qu’à lui. Si la victime était faible, si elle était souffrante, son plaisir se démultipliait jusqu’à l’infini. Éric se renfrogna. Il n’osa tenir tête au chef de troupe. Patience…

Marc replia le plan de l’entrepôt, puis le groupe se dispersa sans bruit, dans les couloirs humides de la cave.

 

 

 


© Annabelle Léna - 2009 - "Tous droits réservés"

La suite?

Une prise d'otage féroce où le seul moyen de survivre est de devenir l'intime de son ennemi. Un roman tendu. Ames sensibles, s'abstenir.

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Published by Annabelle Léna - dans Premiers chapitres
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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 10:42

                   Suspendus au ciel, quelques oisillons heureux exerçaient leurs ailes dans un tourbillon d’acrobaties. Des plumes se détachaient parfois de leur manteau pour atterrir sur des pavés foulés de bottines haute couture. Les jours coulaient, paisibles, bercés par le ronron rassurant des écluses. Partout régnait ce bonheur immense que l’on respire à pleins poumons sans avoir conscience de voler un instant d’humanité. Evidement, Charles-Hubert Henri n’échappait pas à cette osmose entre l’asphalte et la nature, cette perfection citadine, but ultime pour tant de privilégiés en quête du snobisme absolu des parvenus.

              Il avait la belle vie, Charles-Hubert Henri, du haut de son appartement bourgeois de Paris. Ce magnifique duplex avait fait de lui un homme. Cent mètres carrés de marbre, nichés sous les toits, juste avant les étoiles. Ses parents lui avaient offert ce tapis rouge pour accéder à sa vie d’adulte, depuis il dirigeait une société de conseil en placements financiers mais voilà… Des conseils, il n’en avait point et des placements, encore moins ! Par contre, le jeune homme eut l’éclair de génie : installer son bureau au fond de son duplex. Après avoir arpenté ce parquet de Teck outrageusement somptueux, plus aucun doute ne subsistait. Aux yeux de tous, ce gringalet devint un démon de la bourse. Si ce jeune homme détenait un tel bien, il était évidemment l’homme à qui l’on confie ses profits.

 

            Mais en ce doux matin de décembre, le trentenaire remarqua, de sa terrasse, un attroupement soudain à ses pieds. Des hommes et des femmes débarquaient, un raz de marée aux vêtements dépareillés, couleurs démodées et honteusement délavées. Un meneur émergea, barbu comme le Christ, un mégaphone en porte-à-faux entre ce peuple d’en bas et les riverains d’en haut. Un léger pincement empoigna le cœur de Charles-Hubert Henri, un élan de solidarité. Effectivement la misère progressait, il le voyait bien à la télé. Quelle tristesse. Et puis, lui aussi, Charles-Hubert Henri, avait traversé des coups durs dans sa vie : ses parents avaient exigé qu’il honore de sa poche les frais de notaire de son duplex. Ils s’étaient alors fâchés. Vraiment… Quelle misère de devoir payer pour recevoir son dû. Le bourgeois opina songeusement, espérant que quelqu’un écoute ce peuple, puis retourna dans son salon cossu en refermant ses fenêtres à double vitrage : impossible de se concentrer avec tout ce vacarme…

            Après plusieurs heures de bons et loyaux sentiments, une ridule envahit le front de Charles-Hubert Henri. Ce n’était plus un mégaphone qui gargouillait mais toute une meute qui vociférait ! Comment diable des êtres humains pouvaient-ils être si bruyants ? Le trentenaire surgit à sa terrasse, révolté par sa tranquillité brisée. Fini l’humanisme, le jeune homme était fin prêt à réclamer que l’ordre soit rétabli par les forces du même nom quand soudain il se pétrifia. Dans une grimace grotesque, sa mâchoire s’effondra, pendue à une corde invisible. Là, juste en bas, s’alignaient des dizaines, semblait-il des centaines, des milliers de minuscules tentes d’un rouge criard. Les trottoirs étaient envahis et l’eau du canal St Martin reflétait des millions de pustules. Le quartier était contaminé. Mais que criaient-ils au juste, ces microbes ? C’était une blague ? A en croire les oreilles de Charles-Hubert Henri, ces parasites invitaient les habitants du quartier à passer une nuit sous leurs tentes…

            Le trentenaire, figé d’incrédulité, se répétait sans fin que ce spectacle était le fruit d’un surmenage, que cette vérité ne pouvait décemment exister, quand on sonna à sa porte.

« M. Henri, vous avez vu ce cirque ?

-Je n’en crois pas mes yeux M. DelPonte !

-Ce sont les enfants de Don Quichotte.

-Pardon ?

-Les enfants de Don Quichotte vont camper sous nos fenêtres pour avoir soi-disant droit au logement.

-Des clochards sous nos fenêtres ! Mais vous n’y pensez pas !

-Et la police ne peut rien faire. En tentant de les embarquer, ils pourraient tomber dans le canal. S’ils ne savent pas nager… Soi-disant qu’ils ne peuvent pas prendre ce risque…

-C’est une plaisanterie M. DelPonte ?

-Que non ! Mon épouse et moi partons de ce pas à la campagne. Je ne peux lui infliger une telle situation, elle est allergique à l’odeur des ordures… »

            Charles-Hubert Henri claqua une porte bien trop lourde sur cette fatalité : son univers était pris d’assaut par des pouilleux qu’aucune armée ne saurait déloger. Ces loques humaines étalaient leur misère aussi vulgairement que d’autres étalent leurs roues motrices. Un mépris incommensurable envahissait Charles-Hubert Henri. Il se délectait du contraste de ces tentes si fragiles, envahies par le froid, menacées par le moindre coup de vent, et de ces immeubles bâtis de pierres centenaires capables de résister aux tempêtes. Le bourgeois décida d’éradiquer ce fléau et pour cela, fomenta une confrérie qui s’éleva d’une seule voix : ne leur prêter aucune attention. Ainsi, ces raclures renonceront et alors, bon vent !

Arpentant les trottoirs de son quartier, le trentenaire était fier, hautain. Il toisait les vagabonds d’un œil narquois qui affirmait que la vie n’offre que ce que l’on mérite. Eh oui… Eux avaient faim et froid tandis que lui, vivait dans l’opulence de son logis. N’y avait-il pas, dans tout cela, une justice divine ?

            Mais bientôt ce mépris tourna à l’aigreur : un client refusa de signer un contrat…

« Vous comprenez, votre quartier n’est plus sûr. J’y ai vu, à la télévision, un homme uriner contre un arbre !

-Oh ne vous inquiétez pas. Tout va rentrer dans l’ordre !

-Oui mais pour l’instant... Vous imaginez ? Faire ses besoins ! Où va la France ? »

            Les clients fuyaient le quartier malfamé. Cette goutte d’eau fit exploser l’homme. Il surgit à sa terrasse, poings serrés et, apercevant cet individu à la moustache proéminente, celui-là même qu’il avait déjà remarqué mendier devant la boulangerie, SA boulangerie, il hurla à s’en faire péter la cravate :

« Casse-toi ! Sale SDF ! Raclure ! »

            Des insultes de la sorte pleuvaient dorénavant toute la journée. Une pluie fine mais qui trempait les corps jusqu’aux os. Le bourgeois n’ayant plus de client, le lancement d’insultes devint son attraction préférée. De son logis était vomie une haine foncière, propriétairement foncière…

            Puis le moment vint où il dut garder son mépris pour lui. Les sans abris avaient beaucoup d’amis, des comédiens, des chanteurs. Il devint alors imprudent de critiquer le mouvement. Les caméras de télévision ne délogeaient plus. Elles installèrent leurs tentes, plus sophistiquées certes, mais des tentes tout de même. Toujours des tentes ! Encore des tentes ! Charles-Hubert Henri ne les supportait plus !

Les enfants de Don Quichotte devinrent intouchables. Il fallait les aimer, il fallait même les aider. Ce n’étaient pas les clochards que l’on imaginait. Non. C’était des gens biens, dotés d’un cœur voyez-vous et bien souvent d’un emploi. Charles-Hubert Henri n’en avait cure et serrait les dents face aux membres de sa confrérie qui lui tournaient soudain le dos pour faire face aux caméras…

 

            Un par un les honnêtes gens désertèrent les immeubles. Tout se vendait désormais pour une bouchée de pain tant il était honteux de résider près du canal St Martin. La terreur enserrait la gorge du bourgeois en songeant que bientôt peut-être, les SDF rachèteraient eux-même ces petits bijoux. L’esprit fiévreux de Charles-Hubert Henri enfantait les pires scénarios : l’Etat leur allouait des subventions et ces mendiants faisaient caisse commune pour se payer le quartier. C’était connu : les pauvres, ça se regroupe pour devenir fort.

            Et lui, Charles-Hubert Henri, lui aussi peut-être serait-il foutu à la porte ? Ses yeux s’écarquillaient de terreur alors qu’un délire infiniment grand le submergeait. Un délire de riche, à plusieurs zéros. Ses parents, il ne pouvait plus compter dessus et lorsqu’il tentait de fuir grâce aux somnifères, Charles-Hubert Henri s’apercevait soudain, vagabonder près du canal St Martin, en survêtement bas de gamme. De terreur il se réveillait invariablement en s’entendant susurrer, les yeux honteux : vous auriez pas une p’tite pièce m’sieurs dames...

© Annabelle Léna - 2009 - "Tous droits réservés"


La revue:

"Filigranes entend promouvoir les "hommes du commun à l'ouvrage" (Jean Dubuffet) et soutenir l'accés de tous au pouvoir d'écrire depuis 25 ans" (Site internet de Filigranes).

Pour plus d'informations ou commader un numéro :
http://www.ecriture-partagee.com/

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 13:28
        Nouveau! Mes fans peuvent dorénavant se retrouver sur Facebook!  (Merci les amis pour cette initiative bien sympathique   ;-)))

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        @ très bientôt!
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Bibliographie

2014 : 

Nouvelle "Le silence et dors" dans l'anthologie Etranges Voyages aux Editions Sombres Rets.


2013 : 

Roman "Enfin (tous) réunis" aux Editions du Caïman

Collectif "Santé !, Les auteurs du noir face à la maladie" chez L'Atelier Mosésu  

Collectif "Les 7 petits nègres, L’Exquise nouvelle saison 2" chez In Octavo Editions 

 

2012 :

Nouvelle "Au kébab fumant" dans La Tête à l'Être n° 2 

 

2011 : 

Roman "A tort ou à raison" chez Eastern Editions. 

 

2009 :

Nouvelle « Paris, la bourgeoise », dans Filigranes n°73.

Nouvelle « La vie en rond », dans Marseille L’Hebdo n°449

 

2008 :

Nouvelle « Un pas en avant », dans Le Croquant n°57/58.

Nouvelle « À l’ombre du masque », dans Les Archers n°15.



2007 :

Nouvelle « À bras le corps », dans L’Ours Polar n°44.

 

 

En ce moment, je lis:

 

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