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8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 10:31

 

Il y a du noir (puisque j'y suis!) mais aussi de la SF, de la Fantaisy, de l'humour... Bref! Tout ça sur le thème du voyage. C'est le dernier recueil de nouvelles des Editions Sombres Rets dont je vous recommande le travail! Le recueil "Étranges voyages" est disponible dès aujourd'hui en précommande. C'est par ici, mes amis!

 

http://sombres-rets.fr/etranges-voyages-en-precommande

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 16:42

 

J’ai le plaisir de vous présenter un tout nouveau Fanzine. Ça s'appelle La tête à l'être et c'est fait pour se muscler les neurones. C'est trimestriel, drôle et assez cynique. Le numéro 2 est un spécial BD. J'y fais une apparition le temps d'une nouvelle, page 14! 
Viendez donc lire ça et parlez-en autour de vous!

 

Ça se passe ici :

http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/5/12/68/58/2012.04_numero_2.pdf

 

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Et il y a aussi un site web à faire tourner :

http://www.latetealetre.org/

  

 

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 15:29

 

Le très excellent site Livresque du Noir organise un concours de nouvelles ! Le thème est simplement hallucinant.

 

Relèverez-vous le défi?

 

Pour les infos, c'est par ici:

 

http://www.livresque-du-noir.fr/2012/02/concours-de-nouvelles-livresque-du-ristretto/

 

Ou par ici:

 

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Concours de nouvelles – Livresque du ristretto

Concours de nouvelles – Livresque du ristretto 

Ristretto : café très court, corsé et intense. Idéal pour un réveil tonique.

Livresque du Noir vous propose de participer à un concours de nouvelles baptisé Livresque du ristretto, dont le but sera de rédiger un texte court, noir et intense, en respectant les contraintes imposées.

Voici la base d’une histoire vraie, soumise par une internaute :

« Une jeune femme de 34 ans est recrutée pour un poste de téléprospectrice en CDD dans une entreprise. Elle habite à 3 kilomètres du lieu de travail. Elle se montre toujours très discrète, sur la réserve et n’adresse la parole à ses collègues que pour leur dire bonjour. Un jour, ceux-ci s’aperçoivent que le papa (ou le frère quand il ne peut être là), qui la dépose à 10h30 l’attend jusqu’à 12h30 sur le parking et l’après-midi, arrive à 17h00 et l’attend jusqu’à 19h30 en fumant des cigarettes ou en lisant. Lorsqu’ils sont de retour à 13h30, elle ne semble avoir le droit de sortir de la voiture que lorsque le père voit au moins un des collègues arriver. Au repas de début d’année, elle promet de venir mais ne s’y présente pas. A son retour le lundi, pas un mot d’excuse, pas une explication sur son absence. Les semaines passent, et le responsable, satisfait de son travail lui propose un nouveau CDD, ce qui paraît lui convenir. Puis, 3 jours avant la fin de son premier CDD, elle appelle et informe qu’elle est malade et qu’elle ne viendra pas travailler. L’arrêt de travail n’arrive que 5 jours plus tard. Le doute s’installe parmi ses collègues. Son nouveau CDD est censé avoir commencé depuis 1 jour. Elle ne répond pas aux messages sur son répondeur, ni aux multiples mails. Finalement, il est décidé de fouiner dans son bureau dans lequel sont trouvés les 2 exemplaires de son nouveau contrat non signés ainsi que les clés du bureau. »


A partir de cette trame, à vous d’imaginer et d’écrire l’histoire de cette femme.

Le gagnant de ce concours de nouvelles sera déterminé en fonction d’une note attribuée par un comité de lecture constitué de 10 personnes.
Chaque membre de ce comité attribuera une note aux nouvelles lues, et celle dont la moyenne des notes sera la meilleure se verra décerner le prix.
En cas d’égalité, le prix sera divisé en fonction du nombre de gagnants.

 

Votre texte ne devra pas excéder 10.000 caractères, espaces compris.
Votre nouvelle doit comporter un titre en en-tête, ainsi que dans la dénomination du fichier.
La nouvelle ne doit pas contenir les noms et coordonnées de l’auteur afin de préserver l’anonymat auprès du comité de lecture.
Celui-ci doit être rédigé au format word. Pas de contrainte spécifique quant à la police utilisée.
Une seule participation par personne est admise.
Ne peuvent participer au concours les personnes faisant partie du comité de lecture.
Le concours est ouvert jusqu’au 15 avril inclus.
Pour participer, chaque nouvelliste doit s’acquitter du versement d’un montant d’1,75€ (1€ qui sera reversé au gagnant du concours, et 0,75€ qui correspondent aux frais du site qui gère la collecte. Plus d’infos ici ) en cliquant sur le lien suivant :https://www.bankeez.com/sale/4dp0 .
L’adresse mail utilisée pour effectuer votre versement devra correspondre à celle utilisée pour l’envoi de votre nouvelle.
Toute participation au concours effectuée sans l’acquittement de la somme sera considérée comme nulle.

Le(s) gagnant(s) du prix se verra remettre l’intégralité de la somme collectée et sa nouvelle sera mise en ligne sur le site Livresque du Noir et affichée au sein de la Librairie Egrevilloise, partenaire du concours.


Plus il y aura de participants au concours, plus la cagnotte à remporter sera importante.

Les résultats seront mis en ligne une fois l’ensemble des nouvelles lues et notées par le comité de lecture. La date de publication reste aléatoire et sera dépendante du nombre de textes envoyés.


 

Laissez libre cours à votre imagination et à vos plumes.


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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 11:46

  

L'Exquise Nouvelle, vous connaissez ? 



L'an dernier, cet événement a accueilli près de 80 auteurs francophones sur quatre continents (France, Belgique, Canada, Mali, Guyane). L'idée était d'utiliser les contraintes des statuts du réseau social (pas plus de 420 signes) pour écrire une histoire à tour de rôle sur le principe du cadavre exquis littéraire.

Ce qui était au départ une partie de plaisir est devenue un beau succès. A telle enseigne que le recueil est sorti à l’automne 2011 en librairie. (http://www.editions-la-madoliere.com/060.htm). 
 

Pour la saison 2, il n’y aura que 40 auteurs, invités. Chacun devra broder autour d'une scène commune en intégrant dans son texte trois mots imposés. Chaque texte donnera alors lieu à un concours couronné d'un cadeau pour le premier visiteur qui trouvera les trois mots.

 

Les éventuels bénéfices seront, comme pour la saison 1, reversés à une œuvre de charité. Cette année, c’est l’association « Écoute ton cœur » (http://www.asso-ecoute-ton-coeur.com/wordpress/ ) qui a été choisie.

 

 Et évidemment, si je vous en parle, c’est que je fais partie des 40 auteurs invités pour la saison 2 !

C’est aujourd’hui que ma contribution est mise en ligne.

 

C’est ici que ça se passe:

 http://www.exquismen.com/7PN/wordpress/2011/11/03/annabelle-lena-tuer-a-la-tache/



  (PS : pour quelques billets de 500 euros seulement, j’accepte de donner des indices !!!)

 

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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 13:04



















              « Tu es trop grosse » qu’il m’a dit hier mon Rogers. Oui, avec les années, tel le vin qui se bonifie, mon mari est devenu observateur… Sûr que je ne suis pas une brindille mais enfin, lui ne ressemble pas au Prince Charmant ! Et il me faut bien de la patience pour supporter sa manie de se gratter l’entrejambe avec autant de fougue toute la journée. Mais voilà, Môsieur se permet de critiquer car il est abonné à un magazine qui le submerge chaque mois de divines créatures, certainement retouchées par ordinateur, mais ça il ne faut évidement pas le dire sinon je me fait enguirlander ! Parce qu’en plus il est interdit d’y toucher, à ces miss… Par ma propre boîte aux lettres elles arrivent, ces briseuses de couple ! Et lui, il les paie avec le compte commun, donc c’est un peu moi qui les convie à la maison… Alors aujourd’hui, j’ai décidé de revoir les cartons d’invitations !

 

            Je ne vais tout de même pas me laisser influencer par cette propagande qui endoctrine mon mari et tous ces autres moutons de basse prairie ! Sous prétexte de mettre les femmes en valeur, alors que, de vous à moi, ce ne sont là que des habits stéréotypés et sans saveur, qui plus est fabriqués par des enfants enchaînés aux murs insalubres d’un pays reculés du tiers monde ; bref, sous prétexte de nous habiller décemment, ces obnubilés du penser droit nous harcèlent d’images anorexiques ! Même la fille du voisin ne ressemble plus qu’à un vulgaire caniche neurasthénique, à force de se faire vomir, de n’ingurgiter que des ananas en tranche et des laxatifs en plaquette. Bravo ! Mais moi, je ne vais pas me laisser faire aussi facilement... Il n’est pas encore né celui qui me fera perdre du poids, je ne suis pas une de ces adolescentes encore malléables. Et, si un parvient à me faire grimper sur la balance, je m’en fiche car j’aurais pris soin d’ôter les piles juste avant ! Voilà !

 

            Non mais regardez-les, toutes ces femmes placardées sur les abribus. Quelle drôle d’idée cette invasion de femmes nues. Leurs armes, ce sont leurs poitrines. Charmant ! Mais moi je me demande vraiment quelle bonne femme a réellement envie de s’acheter des culottes après avoir vu son fils et son mari baver sur une vitre d’abribus ? Et tous ces hommes qui retournent à leur état de bête, oubliant leur frein et se percutant les uns derrière les autres aux feux rouges… C’est malin ! C’était vraiment utile l’évolution, la lutte des classes, la philosophie… Pour en arriver là, perdre ses moyens devant un string en coton réversible ! Réversible en plus ! Non non non. Je refuse leur liberté fabriquée en série, leur modèle de vie merveilleuse et enchantée étalé dans ces magazines misogynes.

 

             Je suis trop grosse peut-être mais Rogers lui, il est bien trop vulgaire ! Trop vulgaire pour me jeter ça à la figure après vingt ans de mariage, trop vulgaire pour ne pas se rendre compte que ces femmes sont malades, et peut-être même qu’elles sont mortes cinq minutes après ne pas avoir souri sur cette photo, tout simplement car quelqu’un a décidé qu’il fallait faire du 32 pour être belle, et que la nature elle, a décidé que dans un 32, plus besoin de dents ! Ce n’est pas possible que la beauté s’enferme dans un chiffre. Non, ça je le refuse. Un chiffre c’est vilain, regardez le 7 comme il a l’air malheureux, et le 9, comme il est ridicule avec sa grosse tête ! Aucun âge ni aucune mensuration ne peuvent rendre une femme belle lorsqu’elle est bête ! Et au lieu de les aider ces femmes qu’ils aiment tant, ils les encouragent à se faire encore plus de mal… Je t’aime, je te détruis… C’est beau l’amour…

  

            Tant pis ! Je suis trop grosse peut-être mais je peux encore plaire, tandis que Rogers lui, même ses précieux magazines le regardent de travers. Alors je vais lui montrer moi, à Rogers, que je ne suis pas trop grosse pour tout le monde. A commencer par le jardinier qui passe cet après-midi, et qui essaie toujours de m’apercevoir à travers la fenêtre en taillant les haies, comme dans ces films d’époques où de braves gens faisaient secrètement la cour à des duchesses magnifiques. Eh bien aujourd’hui, le jardinier il va voir la lune parce que je vais l’accueillir dans l’habit le plus convivial de la planète : mes rondeurs bien moelleuses.

 

             Mais avant, je vais balayer ma maison de tous ces magazines monstrueux. Que je les déteste toutes ces caricatures de femmes libérées et insoumises… Tu parles ! Ce sont tout juste de gentils petits esprits acceptant bien poliment de rentrer dans des jolis petits carrés, et ces jolis petits carrés s’entassent à côté d’autres jolis petits carrés. Rien ne dépasse, tout est propre, les formes de la nature ne sont plus que des parallèles et des perpendiculaires, des axes autoroutiers froids et sans vie… On a réussi à leur faire croire qu’il s’agissait de leur propre volonté, elles en redemandent. Chapeau bas ! Mais moi je ne suis pas faite d’angle droit, je suis ronde alors on ne peut pas me mettre en boîte, voilà le problème !

 

              Nous y voici, j’aperçois le jardinier… C’est drôle mais je ne connais pas son nom… C’est bien aussi sans nom… Tiens ! A priori lui aussi m’a remarqué car les buissons ne l’intéressent plus du tout ! Il s’approche lentement, m’observe par la fenêtre avec de grand yeux tout ronds. Au pas de la porte je l’invite à entrer. Lorsque sa bouche s’entrouvre je pose un doigt dessus. S’il parlait je n’aurais plus le courage... Sans un mot il m’installe sur le canapé et me caresse. Je ne me souviens plus la dernière fois où un homme m’a touché de la sorte. Ce n’est pas mon vieux Rogers qui s’y prendrait comme ça ! Ses mains, dures et terreuses, sont tendres comme les pétales d’une rose sur ma peau. Un bouquet de caresses entre quelques doigts. Moi qui voulais prendre en main ma vengeance, finalement je baisse les armes, m’abandonne auprès de cet homme, si différent de ceux des abribus.

 

               Après quelques minutes, ma vision s’embrume mais je distingue nettement Rogers franchir le seuil de la maison, déposer ses clefs dans le vide poche, se diriger vers son atelier et s’y enfermer à double tour, transcendé par la lecture de son magazine. Décidément, quelque chose ne tourne pas rond chez mon Rogers… Mais peu m’importe ma vengeance, peu m’importe ces magazines, maintenant je les lui laisse ses chimères, j’ai moi aussi trouvé catalogue à mon goût. Je me demande déjà à quelle heure passera le facteur demain matin, peut-être je pourrai l’inviter à entrer un instant…




    


 







© Annabelle Léna - 2009 - "Tous droits réservés"

La revue:

Le fameux hebdomadaire culturel abrite une rubrique "Lire et Dire" dont "l'esprit est de faire découvrir des auteurs de la région ainsi que leurs textes". (Guilhem Ricavy, Responsable de la rédaction)

Pour plus d'informations:
http://www.marseillelhebdo.com/


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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 10:42

                   Suspendus au ciel, quelques oisillons heureux exerçaient leurs ailes dans un tourbillon d’acrobaties. Des plumes se détachaient parfois de leur manteau pour atterrir sur des pavés foulés de bottines haute couture. Les jours coulaient, paisibles, bercés par le ronron rassurant des écluses. Partout régnait ce bonheur immense que l’on respire à pleins poumons sans avoir conscience de voler un instant d’humanité. Evidement, Charles-Hubert Henri n’échappait pas à cette osmose entre l’asphalte et la nature, cette perfection citadine, but ultime pour tant de privilégiés en quête du snobisme absolu des parvenus.

              Il avait la belle vie, Charles-Hubert Henri, du haut de son appartement bourgeois de Paris. Ce magnifique duplex avait fait de lui un homme. Cent mètres carrés de marbre, nichés sous les toits, juste avant les étoiles. Ses parents lui avaient offert ce tapis rouge pour accéder à sa vie d’adulte, depuis il dirigeait une société de conseil en placements financiers mais voilà… Des conseils, il n’en avait point et des placements, encore moins ! Par contre, le jeune homme eut l’éclair de génie : installer son bureau au fond de son duplex. Après avoir arpenté ce parquet de Teck outrageusement somptueux, plus aucun doute ne subsistait. Aux yeux de tous, ce gringalet devint un démon de la bourse. Si ce jeune homme détenait un tel bien, il était évidemment l’homme à qui l’on confie ses profits.

 

            Mais en ce doux matin de décembre, le trentenaire remarqua, de sa terrasse, un attroupement soudain à ses pieds. Des hommes et des femmes débarquaient, un raz de marée aux vêtements dépareillés, couleurs démodées et honteusement délavées. Un meneur émergea, barbu comme le Christ, un mégaphone en porte-à-faux entre ce peuple d’en bas et les riverains d’en haut. Un léger pincement empoigna le cœur de Charles-Hubert Henri, un élan de solidarité. Effectivement la misère progressait, il le voyait bien à la télé. Quelle tristesse. Et puis, lui aussi, Charles-Hubert Henri, avait traversé des coups durs dans sa vie : ses parents avaient exigé qu’il honore de sa poche les frais de notaire de son duplex. Ils s’étaient alors fâchés. Vraiment… Quelle misère de devoir payer pour recevoir son dû. Le bourgeois opina songeusement, espérant que quelqu’un écoute ce peuple, puis retourna dans son salon cossu en refermant ses fenêtres à double vitrage : impossible de se concentrer avec tout ce vacarme…

            Après plusieurs heures de bons et loyaux sentiments, une ridule envahit le front de Charles-Hubert Henri. Ce n’était plus un mégaphone qui gargouillait mais toute une meute qui vociférait ! Comment diable des êtres humains pouvaient-ils être si bruyants ? Le trentenaire surgit à sa terrasse, révolté par sa tranquillité brisée. Fini l’humanisme, le jeune homme était fin prêt à réclamer que l’ordre soit rétabli par les forces du même nom quand soudain il se pétrifia. Dans une grimace grotesque, sa mâchoire s’effondra, pendue à une corde invisible. Là, juste en bas, s’alignaient des dizaines, semblait-il des centaines, des milliers de minuscules tentes d’un rouge criard. Les trottoirs étaient envahis et l’eau du canal St Martin reflétait des millions de pustules. Le quartier était contaminé. Mais que criaient-ils au juste, ces microbes ? C’était une blague ? A en croire les oreilles de Charles-Hubert Henri, ces parasites invitaient les habitants du quartier à passer une nuit sous leurs tentes…

            Le trentenaire, figé d’incrédulité, se répétait sans fin que ce spectacle était le fruit d’un surmenage, que cette vérité ne pouvait décemment exister, quand on sonna à sa porte.

« M. Henri, vous avez vu ce cirque ?

-Je n’en crois pas mes yeux M. DelPonte !

-Ce sont les enfants de Don Quichotte.

-Pardon ?

-Les enfants de Don Quichotte vont camper sous nos fenêtres pour avoir soi-disant droit au logement.

-Des clochards sous nos fenêtres ! Mais vous n’y pensez pas !

-Et la police ne peut rien faire. En tentant de les embarquer, ils pourraient tomber dans le canal. S’ils ne savent pas nager… Soi-disant qu’ils ne peuvent pas prendre ce risque…

-C’est une plaisanterie M. DelPonte ?

-Que non ! Mon épouse et moi partons de ce pas à la campagne. Je ne peux lui infliger une telle situation, elle est allergique à l’odeur des ordures… »

            Charles-Hubert Henri claqua une porte bien trop lourde sur cette fatalité : son univers était pris d’assaut par des pouilleux qu’aucune armée ne saurait déloger. Ces loques humaines étalaient leur misère aussi vulgairement que d’autres étalent leurs roues motrices. Un mépris incommensurable envahissait Charles-Hubert Henri. Il se délectait du contraste de ces tentes si fragiles, envahies par le froid, menacées par le moindre coup de vent, et de ces immeubles bâtis de pierres centenaires capables de résister aux tempêtes. Le bourgeois décida d’éradiquer ce fléau et pour cela, fomenta une confrérie qui s’éleva d’une seule voix : ne leur prêter aucune attention. Ainsi, ces raclures renonceront et alors, bon vent !

Arpentant les trottoirs de son quartier, le trentenaire était fier, hautain. Il toisait les vagabonds d’un œil narquois qui affirmait que la vie n’offre que ce que l’on mérite. Eh oui… Eux avaient faim et froid tandis que lui, vivait dans l’opulence de son logis. N’y avait-il pas, dans tout cela, une justice divine ?

            Mais bientôt ce mépris tourna à l’aigreur : un client refusa de signer un contrat…

« Vous comprenez, votre quartier n’est plus sûr. J’y ai vu, à la télévision, un homme uriner contre un arbre !

-Oh ne vous inquiétez pas. Tout va rentrer dans l’ordre !

-Oui mais pour l’instant... Vous imaginez ? Faire ses besoins ! Où va la France ? »

            Les clients fuyaient le quartier malfamé. Cette goutte d’eau fit exploser l’homme. Il surgit à sa terrasse, poings serrés et, apercevant cet individu à la moustache proéminente, celui-là même qu’il avait déjà remarqué mendier devant la boulangerie, SA boulangerie, il hurla à s’en faire péter la cravate :

« Casse-toi ! Sale SDF ! Raclure ! »

            Des insultes de la sorte pleuvaient dorénavant toute la journée. Une pluie fine mais qui trempait les corps jusqu’aux os. Le bourgeois n’ayant plus de client, le lancement d’insultes devint son attraction préférée. De son logis était vomie une haine foncière, propriétairement foncière…

            Puis le moment vint où il dut garder son mépris pour lui. Les sans abris avaient beaucoup d’amis, des comédiens, des chanteurs. Il devint alors imprudent de critiquer le mouvement. Les caméras de télévision ne délogeaient plus. Elles installèrent leurs tentes, plus sophistiquées certes, mais des tentes tout de même. Toujours des tentes ! Encore des tentes ! Charles-Hubert Henri ne les supportait plus !

Les enfants de Don Quichotte devinrent intouchables. Il fallait les aimer, il fallait même les aider. Ce n’étaient pas les clochards que l’on imaginait. Non. C’était des gens biens, dotés d’un cœur voyez-vous et bien souvent d’un emploi. Charles-Hubert Henri n’en avait cure et serrait les dents face aux membres de sa confrérie qui lui tournaient soudain le dos pour faire face aux caméras…

 

            Un par un les honnêtes gens désertèrent les immeubles. Tout se vendait désormais pour une bouchée de pain tant il était honteux de résider près du canal St Martin. La terreur enserrait la gorge du bourgeois en songeant que bientôt peut-être, les SDF rachèteraient eux-même ces petits bijoux. L’esprit fiévreux de Charles-Hubert Henri enfantait les pires scénarios : l’Etat leur allouait des subventions et ces mendiants faisaient caisse commune pour se payer le quartier. C’était connu : les pauvres, ça se regroupe pour devenir fort.

            Et lui, Charles-Hubert Henri, lui aussi peut-être serait-il foutu à la porte ? Ses yeux s’écarquillaient de terreur alors qu’un délire infiniment grand le submergeait. Un délire de riche, à plusieurs zéros. Ses parents, il ne pouvait plus compter dessus et lorsqu’il tentait de fuir grâce aux somnifères, Charles-Hubert Henri s’apercevait soudain, vagabonder près du canal St Martin, en survêtement bas de gamme. De terreur il se réveillait invariablement en s’entendant susurrer, les yeux honteux : vous auriez pas une p’tite pièce m’sieurs dames...

© Annabelle Léna - 2009 - "Tous droits réservés"


La revue:

"Filigranes entend promouvoir les "hommes du commun à l'ouvrage" (Jean Dubuffet) et soutenir l'accés de tous au pouvoir d'écrire depuis 25 ans" (Site internet de Filigranes).

Pour plus d'informations ou commader un numéro :
http://www.ecriture-partagee.com/

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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 14:28

                                                          Je ne lui avais rien demandé, je n’avais d’ailleurs jamais rien demandé à personne depuis des décennies… Paisiblement, je végétais sous le soleil de méditerranée. Jour après jour des rayons de bonheur doraient mon écorce, creusaient des vermicelles à la surface de ma peau. A travers le monde entier des milliers d’arbres jalousaient ma tranquillité. C’est mon ami l’oiseau qui me l’a dit. Il sait tout l’oiseau. Il m’a d’ailleurs averti juste avant que ce sauvage ne vienne me déchirer l’écorce, mais comment aurais-je pu me défendre ?

            Bien sûr, je l’ai vu s’approcher de moi, ce culturiste imberbe, les muscles surdimensionnés pour attester de sa toute puissance. Bien sûr, j’ai vu l’éclair de haine lorsqu’il empoigna son opinel, mais qu’aurais-je bien pu faire, cloué au sol par mes longues racines ? Mes branches ne furent d’aucune protection lorsque le couteau s’enfonça dans mon écorce, lacéra mon bois. Une sève douloureuse saigna soudain par delà la blessure. L’homme observa un instant ce carré de moi arraché, le fit tournoyer entre ses mains, puis le plaça devant son visage. Un visage de procuration pour celui qui n’a plus de face, voilà ce que j’étais devenu. Ma majestueuse écorce n’était plus qu’un masque d’horreur. Deux anciennes morsures d’écureuil l’autorisaient à voir à travers moi, et moi, collé contre son front, je sentais qui il était. Dans un éclair effrayant j’avais pénétré ses pensées, toutes, jusqu’à la plus monstrueuse.

  

« Pourquoi te caches-tu derrière ce bout de bois Adrien ?

- Tu ne trouves pas que ce serait un joli masque Sonia ?

- Tu as besoin d’un masque ? Tu as des choses à cacher ? »

  

            Elle était mignonne… Mon Dieu ce que l’envie de lui hurler de s’enfuir me rongeait… Même l’acharnement des fourmis rouges ne m’avait jamais torturé de la sorte. Elle le regardait de ses yeux bleus d’adolescente, souriait d’un amour transi.

 

 « Je n’ai rien à cacher mais bon… Ce n’est pas évident de dire certaines choses…

- Tu as des choses à me dire Adrien ?

- Oui Sonia, j’ai des choses à te dire mais je ne sais pas trop… »

  

            Les yeux de la demoiselle pétillaient d’intérêt et moi, en satané porte à faux, je lui renvoyais l’image d’un homme tendrement embarrassé. La mignonne tortilla ses cheveux bouclés puis abaissa les paupières.

  

« Dis-moi Adrien.

- Ce n’est pas évident parce qu’en fait, malgré les apparences, je suis timide…

- Toi, timide ? Effectivement on ne dirait pas !

- Il ne faut jamais se fier aux apparences Sonia… Je n’en ai peut-être pas l’air mais c’est comme ça... Je voulais juste te dire que je t’avais tout de suite remarquée.

- Ah bon ?

- Oui, dès que tu es descendue du bus, je n’ai vu que toi. Je te trouve magnifique.

- Pourquoi n’es-tu jamais venu me parler avant alors ?

- J’avais sans doute un peu peur. »

  

            L’innocente rougissait maintenant. Comment pouvait-elle croire de tels mensonges ?

  

« Embrasse-moi Adrien.

- Je ne peux pas. Si le directeur de l’hôtel me voit embrasser une cliente je serai viré.

- Enlève ce morceau de bois alors. Laisse-moi au moins voir tes yeux. »

  

            Moi, je faisais le mort. Je jouais la vieille branche de bois pourrie pour qu’il me laisse enfin tranquille, mais lui, ne me lâchait pas. Il s’accrochait à moi de tous ses gros muscles alors que je me desséchais déjà d’horreur.

  

« Sonia, je ne suis pas certain que tes parents apprécieraient de nous voir parler ensemble.

- Rassure-toi je ne leur demanderai pas leur avis.

- Peut-être il vaudrait mieux se retrouver dans un endroit plus discret pour discuter ? »

  

            L’homme transpirait contre ma peau. J’aurais voulu le mordre, arracher ses joues et ses petits yeux terribles. J’aurais voulu le frapper, qu’il se taise enfin et que le doux silence de la plage m’envahisse à nouveau, ne plus être le témoin des visions horribles qui naissaient dans son crâne.

  

« Où ?

- Ce soir, tu pourrais venir me rejoindre à mon bungalow.

- Tu m’y attendras ?

- Toute la nuit s’il le faut. »

  

            Mais moi, moi je savais ce qui l’attendait… Des hommes tapis au fond d’une armoire, des hommes qui avaient bu, trinqué à la santé de la future tournante en se tapant dans les mains. Voilà ce qui attendait l’adolescente, l’amour interdit qu’il proposait. Rien à voir avec ces satanées histoires de Roméo et Juliette ! J’aurais voulu hurler ma révolte mais ne pouvais que constater mon impuissance. J’aurais pleuré… Si seulement j’avais eu des larmes.

  

« D’accord, je viendrai.

- Parfait. »

  

            Caché derrière mon écorce, le visage de l’homme se transforma en gueule de monstre. Sa respiration bestiale me brûlait. Et, contre ma volonté, je sentais qu’il souriait… Un sourire qui ne plaisantait pas. Son crâne regorgeait d’images insoutenables torturant mon bois. Moi qui n’avais jamais vu que la douceur du monde, je visualisais brusquement les pires atrocités de la terre. Plus douloureuse encore était la vision de cet ange bientôt sacrifié au nom de la naïveté. J’étais l’instrument du mal, l’enfer existe t-il pour les arbres ?

Mais soudain j’aperçu mon ami l’oiseau dans le ciel et je clamais son nom de mes pauvres forces, le suppliais de m’aider, de l’aider. Il perçut ma plainte. Son beau plumage dessina une ellipse parfaite, fendit l’air jusqu’à m’attraper au vol et m’emmener loin de cette mascarade.

            Une seconde seulement le véritable visage du monstre fut mis à jour… Une seconde tout de même… Les sourcils de la demoiselle se froncèrent.

  

« Pourquoi me regardes-tu comme ça ?

- Comment ?

- Je ne sais pas…Tu avais un regard étrange… »

 

 

Déjà les yeux de l’homme plaidaient l’innocence mais l’ange avait fait un pas en arrière.

  

« On se voit ce soir Sonia ?

- Je… Je ne sais pas… Il faut que j’y aille maintenant. »

  

La douce avait tourné les talons et s’éloignait lorsque le démon hurla :

  

« Je t’attendrai Sonia ! Je t’aime ! »

  

            Haut dans le ciel bleu d’azur, je ne saurais dire si Sonia entendit le plus horrible argument que la terre ait jamais porté.

© Annabelle Léna - 2008 - "Tous droits réservés"



La revue:

"cette revue a été créée pour écouter la parole des écrivains et des poètes, comprendre le sens des messages qu’ils nous adressent et reconnaître l’imprégnation qu’ils ont du réel. L’artiste a toujours été la conscience du monde, le témoin lucide qui dénonce les débâcles et les turpitudes de notre époque, celui qui résiste debout face aux outrages des tyrannies, aux outrances de la bêtise et qui ne se laisse pas séduire par les sirènes relookées de la pensée unique. "  (Site du théâtre Toursky)

Pour plus d'informations ou commander un numéro:
http://www.toursky.org/2007-2008/pagesite/archers.htm  et  http://www.difpop.com/

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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 13:43

            Devant le miroir de sa salle de bain, Omar ajuste la cravate prêtée par son voisin. Aujourd’hui est un grand jour… Pour lui en tout cas… Du moins le pense t-il… Enfin un entretien avec une assistante sociale, l’opportunité de récupérer ce que de droit : la garde de son petit-fils Saïd et ainsi retrouver le chemin d’une vie paisible.

            Saïd… Le petit Saïd… Cet amour de Saïd qui écarte les bras en hurlant « papy » dès qu’il aperçoit sa canne dépourvue de pommeau et l’oblige à se mordre les lèvres pour ne pas pleurer. Saïd qui le regarde avec ses grands yeux magnifiques dans lesquels brille encore la mémoire de ces moments, de cette intimité n’appartenant qu’à eux, de ces parties secrètes de Mikado où Omar simule toujours ne pas voir bouger les baguettes. Saïd qui grandit seul dans la chambre miteuse d’un foyer de la DASS, où plus aucun enfant ne croit au Père Noël. Saïd, tout simplement… Avec lui tout est si facile, quelques chatouilles, un éclat de rire… Le grand-père en redemande, encore et encore. A longueur de journée il pense à lui, à chaque instant gâché sans lui. Le vieil homme réclame désormais d’en prendre pour vingt ans. Le cœur fatigué et les articulations rongées d’arthrose, il exige de subir les pipis au lit, les caprices, les crises d’adolescence… Il exige pour eux une vie à deux.

 

            Jusqu’à présent Omar avait subi une vie douloureusement banale dans cette banlieue marseillaise. La mine de Gardanne était devenue son quotidien dès seize ans, avec ses poussières encrassant les murs de la ville entière, ses files d’attente aux portes du puit et ces casques de mineurs abandonnés parfois à même le sol. Alors que ses poumons n’avaient pas encore peaufiné leur développement, il s’enterrait chaque jour dans les vapeurs de grisou. Pour Omar, il faisait nuit, nuit et jour. Pourtant, son regard demeurait droit, conquérant malgré cet uniforme symbole de son infériorité sociale, toujours cette dignité dans les veines. Hélas, travailler dur pour nourrir sa famille ne signifie pas pouvoir passer du temps avec… Il avait été un inconnu pour les siens, un absent perpétuel. Lorsqu’il rejoignait son trois pièces à la tapisserie honteusement usée, tard le soir, Omar était bien trop fatigué pour s’occuper de Camel et Nadia. Tout juste s’affalait-il au plus prés du poste de radio pour camoufler cette toux qui s’accrochait à lui et effrayait tant sa femme. Les week-ends non plus n’étaient pas des jours heureux, il ne savait pas comment y faire avec ses petits, voilà tout. Il n’y avait étrangement aucun pont entre eux, tout juste un nom de famille en commun. Comme un écho, le quartier était unanime à ce sujet. Si ce n’était pas malheureux à voir, un si mauvais père ! Suffisait de regarder Camel dealer dans la rue et Nadia tapiner jusqu’au collège. D’ailleurs, à l’école non plus personne ne lui épargnait les réflexions désobligeantes. Devant son regard coupable, l’équipe pédagogique de l’établissement diagnostiquait invariablement un manque d’autorité paternelle. Mais quelle autorité peut-on bien incarner, bloqué sous terre douze heures par jour, traité comme un sous-homme par des sous-chefs ?

 

            Et puis la vie est bien plus atroce encore, il ne lui suffit pas de blesser un homme, il lui faut le mettre à terre. Ainsi Camel avait attiré une balle perdue pendant le braquage stupide d’une épicerie. Touché en plein cœur… Pour un hasard, il fut d’une monstrueuse précision… Mort sans avoir souffert paraît-il. Une partie d’Omar décéda également ce jour-là, mais dans d’atroces souffrances. Puis ce fut au tour de Nadia d’arracher un morceau de son cœur. Il ne lui fallait pas grand-chose pour écarter les cuisses c’était certain… Ce qui devait arriver arriva, la petite fut enceinte dès quinze ans. Elle baladait son gros ventre rond dans la cour du collège, alors que sa mère ne parvenait plus à regarder ne serait-ce que le primeur dans les yeux. Aussitôt le bébé au monde, Nadia, courageuse enfant, s’enfuit avec son voyou, abandonnant le petit Saïd à la DASS. Sa femme n’y avait pas survécu et Omar, devant les yeux remplis de larmes de l’enfant, s’était fait une promesse, un sermon. Ce bébé, il lui devait la vie puisque ses erreurs et ses maladresses avaient ruiné celle de sa propre famille. Aussi, avec toute la détermination dont il était capable, le grand-père avait réclamé la garde du petit-fils, sous les sourires infâmes des employés de l’institution. L’administration dans toute sa puissance s’était abattue sur lui, féroce et injuste, plus sombre encore que les galeries souterraines de la mine de Gardanne.

 

            Mais aujourd’hui toutes ces épreuves ne sont plus qu’un mauvais souvenir effacé par l’annonce du rendez-vous béni. Son dossier élaboré pendant de longues années est enfin digne d’intérêt. Omar est prêt. Tout ce qu’il n’a jamais su donner jusqu’à présent, empoté qu’il était, Omar l’offrira à Saïd, saisira cette ultime chance de rattraper les erreurs de sa vie. A croire qu’Omar est un chanceux. Mais après tout, ce n’est que justice… Longtemps il avait entendu dire que la roue tournait, sans jamais y croire. Pour lui le hasard n’avait aucun mystère, c’était un métronome indéréglable le désignant perdant à chaque tirage. Et puisqu’une revanche était envisageable, Omar s’était entraîné pour le combat de sa vie, le combat pour le titre. Des semaines qu’il attendait cet entretien, des semaines à répéter ces mêmes phrases, à manger équilibré pour avoir bonne mine, à lever le pied sur l’alcool pour effacer ces poches de dessous ses yeux. Des semaines à se torturer le cœur d’appréhension. Mais maintenant, il est prêt… Encouragé par ses rares amis d’enfance compatissant à son sort, il est temps pour Omar de monter sur le ring, seul. Temps de combattre et de ramener son petit-fils à la maison, sous les yeux mauvais du quartier. Tous ces regards ne l’atteindront plus désormais. Omar sait qu’aujourd’hui est un grand jour, décisif. Ses poumons se gonflent violement sous la pression du bonheur soudainement à portée de main.

 

            Devant le miroir de sa salle de bain, Omar ajuste la cravate prêtée par son voisin… Mais il n’a pas fière allure. Ses chaussures, autrefois vernies, ne brillent plus que par l’usure du cuir, et les coudes de sa veste trahissent un tissu élimé. Néanmoins c’est là la tenue la plus sophistiquée qu’il soit parvenu à élaborer. Sa canne solidement plantée dans sa main droite, Omar attaque le chemin caillouteux serpentant jusqu’à l’arrêt de bus pour Marseille. Sous le soleil écrasant de l’été, il prend garde de ne point glisser sur les pierres entaillant ses semelles. Pour se donner du courage, l’homme pense à l’enfant qui attend. Bientôt ils seront réunis. Bientôt le grand-père pourra à nouveau simuler ne pas voir bouger les baguettes de Mikado.

            Sur son chemin de fortune, Omar est si nerveux qu’il ne perçoit pas l’hostilité des éléments : la morsure des ronces sur son pantalon, le claquement des branches dans le mistral d’août. Déjà les cigales lui sifflent de faire demi-tour, qu’une vie, ça ne se rattrape jamais ! Mais Omar ne prête aucune attention à ces vipères. Son but est fixé droit devant, il maintient la tête haute et, un pied devant l’autre, se rapproche du rendez-vous. Sa progression devient difficile, douloureuse, bientôt des aiguilles de pins envolées fouettent son visage mais, petit à petit il n’y a aucune raison de ne pas y arriver, se répète t-il.

Un pas de plus sous le soleil brûlant mais la nature refuse de l’accompagner plus loin. L’homme dégringole sur un glissement de caillou, jusqu’à terminer sa chute contre un olivier paisible. Omar, engourdi, demeure un instant immobile, masse sa tête afin de reprendre ses esprits. Sa canne brisée, il parvient douloureusement à se remettre debout. Sonné, assommé mais prêt à repartir au combat. Il n’a rien de cassé. Peu lui importe la douleur. J’arrive Saïd, se dit-il, rien ni personne ne m’empêchera d’être à ce rendez-vous aujourd’hui. Hélas, regardant le bas de sa jambe, l’homme découvre que la semelle de sa chaussure gauche s’est déchirée dans sa chute. Elle offre dorénavant à la vue de tous une chaussette trouée. Omar relève la tête pour adresser au ciel un regard assassin, ainsi que son poing fermé. Il fallait que cela se produise aujourd’hui ! Le métronome du hasard était donc indéréglable ! C’était là la tenue la plus sophistiquée qu’il soit parvenu à élaborer, celle-là même qui devait défendre sa cause devant la dame de la DASS… Une femme en plus… Jamais elle ne lui pardonnerait. Omar serait au rendez-vous mais l’espoir s’était enfui.

Autour de lui, les cigales frottaient leurs ailes sadiques en se délectant du spectacle, sifflaient odieusement qu’une vie, ça ne se rattrape jamais ! Non. Aujourd’hui, sur ce chemin défoncé, Omar avait été mis à terre.

© Annabelle Léna - 2008 -"Tous droits réservés"

La revue:

"Le Croquant analyse les faits de société. Il refuse de dissocier la lettre et l'esprit, les lettres et les sciences humaines mais aussi la philosophie. C'est une revue généraliste sur les courants littéraires et culturels, les écrivains de notre époque." (Arlit  et Cie, 2003)
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http://www.le-croquant.com/

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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 10:42


           Au milieu des ruines, quatre tables attendent pour cet ultime face à face. De part et d’autre de ce cataclysme artificiel jaillissent les éruptions de fumées, bien peu crédible aux yeux de Pedro. Ces satanés organisateurs s’évertuent toujours à donner une atmosphère fantastique aux finales de bras de fer : une table centrale pour le duel, trois pour les VIP, et un décor de pacotille pour le public.

Dans ce désordre millimétré les blocs de pierre en carton s’amoncellent, telle la reproduction fantasmée d’une cité dévastée par la folie des hommes. Des colonnes de marbre en papier mâché, ayant résisté à l’apocalypse sans aucune éraflure, dessinent une haie d’honneur des vestiaires à la table de combat. Et, pour pimenter ce climat, quelques émissions de fumées incarnent la menace imminente d’une irruption volcanique. Ainsi, ce ne sont pas seulement deux compétiteurs qui risquent ce soir une fracture du bras, mais également deux mille spectateurs qui bravent l’anéantissement de ce gymnase en assistant au tournoi.

La foule s’échauffe, les hot-dogs se préparent, les banderoles s’étirent, ainsi que les finalistes dans leur loge respective. Par les lucarnes un ciel noir, sans lumière d’étoiles. Noir comme les yeux de Pedro, sans plus aucune lueur d’espoir.

 

Pedro écoute les cris s’élevant des tribunes, distingue son nom. Il connaît par cœur ce couplet, maintes fois chanté victoire après victoire. Les acclamations retentissent dans la solitude des vestiaires, rebondissent sur les douches, sur les bancs imbibés de sueur pour mourir sur l’épaule luxée de l’homme. Lorsque la porte s’ouvre avec fracas, le finaliste retire au plus vite sa main qui masser jusqu’alors son articulation douloureuse, afin de pas être surpris dans cette faiblesse.

 

« Dix minutes avant la montée en scène. Et ne fais pas cette tête bordel de merde ! Qu’est-ce que tu voulais ? Monter sur l’estrade et te ridiculiser avec ton épaule de tapette ? Ce n’est tout de même pas ma faute si tu ne sais pas descendre un escalier ! Estime toi heureux qu’avec mon arrangement tu gagnes quand même 1 500 euros.

-Avec cette magouille c’est mon honneur que je perds !

-L’honneur ! Tiens c’est nouveau ça. Quand je t’ai récupéré il y a deux ans dans les poubelles, il me semble que le manque d’honneur ne te préoccupait pas trop. Tu n’as pas le choix de toute manière. Soit tu t’exécutes, soit les siciliens nous trouent la peau. Il faut que le tournoi ait lieu, tu comprends ? Trop d’argent en jeu pour pouvoir abandonner ! Et puis, si tu n’es pas content, tu vas t’expliquer avec les macaronis ! »

 

Le claquement de porte, retentissant, abandonne Pedro à la petitesse de son existence. C’est vrai ! Le compétiteur avait connu la misère de la rue et la morsure du froid sur son corps. La faim justifie les moyens alors il avait volé de quoi se nourrir, s’habiller, squatté aussi parfois un endroit où loger. Mais, jamais l’homme n’avait trahi la confiance d’un autre… Jusqu’à ce jour, en s’apprêtant à tromper son public.

 

L’annonce de cette blessure, il y a deux jours, mis un terme à toute communication possible avec l’entraîneur. Jusqu’à présent d’un soutien inégalable dans les épreuves, le coach avait gagné la place de père de substitution dans le cœur du jeune homme. Pourtant, en voyant l’épaule bleue de son protégé, il n’eut qu’un seul mot à son égard :  

« Tocard. »

Et, sur cette sentence, l’homme s’en est allé manigancer une finale truquée. Le perdant désigné volontaire refusa violement cette comédie. Arguant le blocage de son épaule, il n’était même pas capable de la plier pour feindre l’effort. Mais, une seule réponse lui fût rétorquée, comme un coup de marteau pour l’achever dans sa blessure :  

« Tocard. »  

 

Alors que chacun dans la salle survoltée pari sur l’issue du match en étudiant les cotes, espionnant les rumeurs de l’entraînement ; Pedro, lui, connaît le vainqueur. Il faudra jouer les gros bras. Le duel s’amorcera plein de suspens par un faux départ de Michel, l’adversaire, apparaissant de ce fait bien trop nerveux, insuffisamment concentré. Les supporters, déchaînés, joueront en masse la victoire de Pedro auprès des bookmakers non officiels. Il devra alors mimer de toutes ses forces la lutte jusqu’à baisser le bras, terrassé par la puissance de son rival.

 

La porte des vestiaires s’ouvre à nouveau, plus aucune barrière aux cris de la foule qui envahissent la pièce. L’entraîneur apparaît sur le pas.  

« En piste, minable. »

 

Les jambes de Pedro le portent droit devant. Lorsqu’il entame la haie d’honneur, les acclamations explosent. On ovationne le champion, le héros surgissant des ruines de l’apocalypse. A l’image du décor, ce combat est une illusion. Les ficelles sont énormes pourtant, dans l’assistance, personne n’y prête attention.

Le challenger, s’impatientant déjà devant la table de bras de fer, toise avec mépris l’homme qui s’avance à lui. Pedro évite tous les regards. L’arbitre invite les finalistes à prendre place face à face, coudes en appui, mains empoignées. Sous un tonnerre de hurlement on discerne l’amorce d’une formule :  

« Ready… »

 

A la surprise générale Michel offre un faux départ à la compétition. Il rage, se lève et crache pendant que les derniers paris s’échangent hors guichet. Le duo reprend place sous les injonctions de l’arbitre, pour un nouveau départ :  

« Michel Curat, une faute. Messieurs empoignez-vous. Ready… Go ! »

 

Pedro n’a aucun mal à mimer l’effort : son visage se crispe et transpire anormalement sous le poids de la douleur. Des crampes terribles attaquent son épaule pour se propager en élancements aigus le long de son bras, de sa nuque, jusqu’à mordre son torse. Serrer les doigts est un calvaire, l’homme est à la merci de son adversaire qui mène la danse, tantôt à droite, tantôt récupérant quelques centimètres sur la gauche. Une valse funeste pour la carrière de Pedro. Le médecin a été formel, si le repos n’est pas absolu les séquelles seront irréversibles… Les minutes meurent sous l’euphorie des encouragements du public, emmenant avec elles l’épaule de Pedro et l’espoir d’une guérison. Le regard du finaliste devient flou, l’évanouissement est imminent.

Michel détecte la menace à temps, c’est le moment d’achever le combat. Il se cambre alors en arrière dans un cri de colère mimant rassembler ses forces, ses abdos se contractent et le basculent violemment en avant. L’épaule de Pedro cède. La douleur, insoutenable, à raison du pauvre homme. Sans desserrer les doigts, ses muscles se relâchent soudain alors qu’il mord sa lèvre inférieure pour ne pas pleurer.

Dans son ultime effort, sans plus aucune résistance de son adversaire, Michel est emporté par son élan. Son buste touche sa main avant qu’elle n’écrase celle de Pedro sur le socle. A l’arbitre de s’écrier :  

« Michel Curat, deuxième faute, éliminé ! Pedro Augusta, vainqueur ! »

 

L’explosion de cris n’empêche pas le gagnant de vomir sous la table, une main crispée sur son épaule brûlante. Lorsque Pedro se redresse, les confettis frappent de plein fouet son visage, les regards émerveillés des fans et leurs sourires aussi. Le jeune homme entend son nom de-ci, de-là jusqu’à résonner dans ses tempes. Des chansons le glorifient. Il lui semble ne plus avoir d’épaule mais l’honneur est sauf, bien au chaud dans son cœur. Pedro se retranche dans son vestiaire en vainqueur, pourtant quelques regards sombres menacent sa fin de soirée : celui de son entraîneur et des siciliens.

© Annabelle Léna - 2007 -"Tous droits réservés"


La revue: 


«  L'Ours polar est un bimestriel qui a pour but de promouvoir le roman noir sous toutes ses formes. Il présente l'actualité littéraire du genre, portraits et interviews d'auteurs, des livres plus anciens, des maisons d'éditions, des nouvelles d'écrivains connus et inconnus… » (Site de L'Ours Polar)
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Bibliographie

2014 : 

Nouvelle "Le silence et dors" dans l'anthologie Etranges Voyages aux Editions Sombres Rets.


2013 : 

Roman "Enfin (tous) réunis" aux Editions du Caïman

Collectif "Santé !, Les auteurs du noir face à la maladie" chez L'Atelier Mosésu  

Collectif "Les 7 petits nègres, L’Exquise nouvelle saison 2" chez In Octavo Editions 

 

2012 :

Nouvelle "Au kébab fumant" dans La Tête à l'Être n° 2 

 

2011 : 

Roman "A tort ou à raison" chez Eastern Editions. 

 

2009 :

Nouvelle « Paris, la bourgeoise », dans Filigranes n°73.

Nouvelle « La vie en rond », dans Marseille L’Hebdo n°449

 

2008 :

Nouvelle « Un pas en avant », dans Le Croquant n°57/58.

Nouvelle « À l’ombre du masque », dans Les Archers n°15.



2007 :

Nouvelle « À bras le corps », dans L’Ours Polar n°44.

 

 

En ce moment, je lis:

 

                                                                                                    Couleur